Plongée sous-marine et recyclage pour sauver le Liban de ses déchets

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Un plongeur participe à une opération de ramassage de déchets, le 14 octobre 2017 à Batroun, au nord de Beyrouth, au Liban
© AFP IBRAHIM CHALHOUB

Tabarja (Liban) (AFP) – Dans une petite crique au Liban, une vingtaine de plongeurs sautent dans la mer, bouteille d’air sur le dos, filet à la main: ils ne vont pas admirer les richesses sous-marines, mais collecter des déchets.

La « pêche » a été fructueuse ce jour-là à Tabarja, une ville côtière située à une vingtaine de kilomètres au nord de Beyrouth. Les plongeurs émergent de l’eau, déposent leurs filets verts remplis sur la jetée: ils contiennent des bouteilles en plastique et en verre, des cannettes rouillées, des boîtes de conserve. Et même des pneus.

« Ce qu’on a vu en bas, ça fait mal au coeur », déplore Christian Nader, un étudiant de 19 ans, en maillot de bain et serviette autour du cou.

Face à l’inertie gouvernementale pour régler la crise des déchets qui dure depuis plusieurs années, des Libanais ont choisi de prendre les choses en main grâce à des initiatives de la société civile et du secteur privé.

Les dépotoirs seront bientôt pleins et des experts préviennent que le pays pourrait revivre très prochainement le cauchemar de 2015, quand des montagnes d’ordures avaient envahi Beyrouth et ses environs, après la fermeture de la principale décharge du pays.

Christian Nader, qui pratique la plongée depuis cinq ans, participait à Tabarja à une initiative de Live Love Beirut, une association libanaise qui cherche à promouvoir une image positive du pays.

Au total, plus d’une centaine de plongeurs, recrutés sur Facebook et Instagram, ont pris part aux opérations organisées sur huit plages.

« C’est triste, c’est notre mer, il faut des campagnes de sensibilisation et que l’Etat nous aide à nettoyer », déplore cet étudiant.

Depuis des décennies, les autorités libanaises n’ont jamais réussi à adopter des politiques efficaces de gestion des ordures. Le Liban produit quotidiennement plus de 6.000 tonnes de déchets, selon des chiffres officiels.

Après la crise de 2015 et les manifestations inédites de la société civile qu’elle a entraînées, le gouvernement avait approuvé un plan temporaire prévoyant la réouverture de deux anciennes décharges dans les environs de Beyrouth.

Le « temporaire » a tant duré que les deux sites auront atteint leur capacité maximale à l’automne 2018.

Les autorités étudient la possibilité de les agrandir, selon une source gouvernementale.

« Le gouvernement doit commencer à réfléchir aux solutions durables de manière sérieuse, commencer à les mettre en place, même petit à petit », déplore Lama Bashour, directrice du cabinet de conseil Ecocentra, qui souligne l’importance « du tri et du recyclage ».

Grâce à des fonds européens, plusieurs centres de tri et de compostage ont été construits. Il y aurait cependant encore plus de 900 dépotoirs sauvages au Liban, selon une étude officielle.

« Les régions qui ne disposent pas des infrastructures de base brûlent les déchets. La plupart des municipalités brûlent leurs poubelles », déplore Farouk Merhebi, spécialiste du secteur.

Le gouvernement étudie un plan du ministère de l’Environnement mettant l’accent sur le recyclage, qui ne concerne pas plus de 15% du traitement actuel des déchets.

© AFP

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