Aux Etats-Unis, un herbicide cousin du glyphosate fait polémique

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Un agriculteur de l’Arkansas porte un T-shirt sur lequel on peut lire « Les agriculteurs ont besoin du Dicamba » pendant une réunion publique le 8 novembre 2017, à Little Rock.
© AFP NICHOLAS KAMM

Little Rock (Etats-Unis) (AFP) – Le désherbant dicamba? « Les agriculteurs en ont désespérément besoin », affirme Perry Galloway. « Si j’en ai sur mes produits, je ne peux plus rien vendre », rétorque Shawn Peebles.

Les deux hommes se connaissent bien, ils habitent à quelques kilomètres l’un de l’autre, à Gregory et Augusta, dans un coin de l’Arkansas où les champs s’étendent à perte de vue et les maisons sont souvent isolées.

Mais ils se sont profondément divisés cette année sur l’usage du dicamba.

Le géant de l’agrochimie Monsanto a commencé en 2016 à vendre des semences de soja et de coton génétiquement modifiées pour tolérer cet herbicide. Ce produit chimique est particulièrement efficace contre une mauvaise herbe qui prolifère dans la région, l’amarante de Palmer ou « herbe à cochons », depuis qu’elle est devenue résistante à un autre désherbant, le fameux glyphosate qui fait polémique en Europe.

Problème: le dicamba n’est pas toujours resté dans les champs sur lesquels il était épandu, s’éparpillant parfois sur les cultures alentours et les affectant à divers degrés allant jusqu’à la destruction des récoltes.

Les autorités de l’Arkansas (sud) ont, face à un afflux de plaintes, suspendu en urgence au début de l’été sa commercialisation. L’Etat s’apprête à interdire son utilisation entre le 16 avril et le 31 octobre, au moment où les plantes sont sorties de terre et où les conditions climatiques favorisent sa dispersion.

 

« Le dicamba a affecté l’ensemble de ma famille », raconte d’une voix tremblante Kerin Hawkins. La santé de ses parents s’est dégradée depuis que son frère, Mike Wallace, est mort en octobre 2016 au cours d’une dispute avec un voisin à propos du dicamba.

La justice doit déterminer dans un procès à venir si l’autre agriculteur a commis un homicide ou a agi en état de légitime défense.

Et cette année dans l’exploitation familiale, le dicamba a touché environ 4 hectares de légumes et une trentaine d’hectares d’arachides, réduisant son chiffre d’affaires.

Pour se protéger de l’impact éventuel du produit, ils se sont résolus à planter des semences de coton génétiquement modifiées.

« Ce n’est pas seulement une histoire de dicamba, ce n’est pas seulement une histoire de Monsanto, il s’agit de la façon dont des êtres humains traitent d’autres êtres humains », lâche-t-elle.

Elle témoignait mercredi à une réunion publique organisée à Little Rock, la capitale de l’Etat, par l’agence en charge de la réglementation des pesticides dans l’Arkansas.

Le panel s’est dans la foulée prononcé pour la restriction de l’utilisation du dicamba, une décision qui doit encore être approuvée par les législateurs.

Face à l’affluence attendue, la réunion avait été organisée dans la salle d’un hôtel et non dans les bureaux de l’agence. Quelque 37 personnes se sont succédé au pupitre pour expliquer, parfois avec émotion, pourquoi elles étaient pour ou contre le produit.

« Je suis ici pour vous dire qu’on a utilisé du dicamba et qu’on a eu une année fantastique », raconte Harry Stephens qui cultive avec son fils du soja dans le comté de Phillips. Alors que les fermiers peinent parfois à joindre les deux bouts, retirer ce produit « pourrait forcer de jeunes agriculteurs à mettre la clé sous la porte », clame-t-il.

L’apiculteur Richard Coy a lui vu un impact certain sur les ruches placées près de terrains où était pulvérisé du dicamba.

« J’ai perdu 500.000 dollars de production de miel et 200.000 dollars de contrats pour l’installation dans des fermes californiennes de ruches destinées à la pollinisation en raison de la mauvaise santé de mes abeilles », affirme-t-il.

Sur les bords d’un champ en face de son exploitation, Perry Galloway montre les fameuses mauvaises herbes, mortes mais encore sur pied, qui ont gâché plusieurs de ses étés. Les plus hautes le dépassaient.

Il a épandu du dicamba deux fois sur environ 1.600 hectares. « Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas eu des champs aussi propres », dit-il. Il serait favorable à un compromis, n’autorisant par exemple qu’une application du désherbant une fois que les plantes sont levées.

A la tête d’une exploitation de légumes organiques, Shawn Peebles emploie lui plusieurs personnes pour arracher à la main l’amarante de Palmer.

« Le dicamba se répand, c’est un fait », affirme-t-il. S’il s’en déverse sur ses champs, « je dois détruire la récolte ».

« L’agriculture aujourd’hui est faite de diversité », remarque l’agriculteur. « Il n’y pas que du soja tolérant au dicamba, il y aussi des exploitations bio comme la mienne, des vignes, et il faut qu’on travaille tous ensemble. »

© AFP

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