Malte enterre Daphne Caruana Galizia, journaliste assassinée

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Daphne Caruana Galizia

Des fleurs et des bougies devant la photo de la blogueuse et journalistes Daphne Caruana Galizia, le 19 octobre 2017 à La Valette, à Malte
© AFP/Archives Matthew Mirabelli

La Valette (AFP) – Malte enterre vendredi la journaliste et blogueuse anticorruption Daphne Caruana Galizia, dont l’assassinat à la voiture piégée le 16 octobre a provoqué une onde de choc, bien au-delà des frontières de la petite île méditerranéenne.

Le drapeau européen sera mis en berne vendredi à Bruxelles, au siège de la Commission européenne, à la demande de son président Jean-Claude Juncker, a indiqué vendredi l’exécutif européen.

« Aujourd’hui, le monde est en deuil de Daphne Caruana Galizia », écrit la Commission, dans un communiqué publié avant même le début dans l’après-midi de ces funérailles privées.

La famille de la journaliste a expressément souhaité que ses funérailles conservent un caractère privé, y compris lors de la cérémonie prévue dans une église de Mosta, petite localité où résidait Daphne Caruana Galizia, 53 ans, et où a eu lieu l’attentat qui lui a coûté la vie.

Le gouvernement maltais a toutefois décidé de faire de vendredi une journée nationale de deuil, en mémoire de la journaliste, et pour affirmer qu' »aucune attaque à l’encontre de la liberté d’expression n’est admise dans la démocratie maltaise ».

Comme à Bruxelles, les drapeaux seront en berne partout dans l’île, plus petit Etat de l’Union européenne avec 430.000 habitants.

Peu de personnalités sont attendues à ces funérailles, à l’exception du président du Parlement européen Antonio Tajani. Ce dernier a réclamé la semaine dernière une « enquête internationale » pour faire la lumière sur cet attentat, pratiquement inédit dans l’histoire de l’Union européenne.

Daphne Caruana Galizia « était une sentinelle, un soldat en première ligne dans la défense de nos valeurs », a affirmé M. Tajani. Son meurtre « ne doit pas rester impuni (…) Avec quelle crédibilité pouvons-nous défendre les journalistes du monde, si nous ne sommes pas capables de leur offrir protection et justice chez nous? »

La Commission européenne a réclamé de son côté une enquête « indépendante et approfondie » et l’arrestation des coupables.

La presse internationale s’est également mobilisée. Plusieurs patrons de presse, dirigeant quelques uns des plus grands journaux ou rédactions dans le monde, ont signé jeudi une lettre commune adressée au premier vice-président de la Commission européenne Franz Timmermans, dans laquelle ils lui demandent d’utiliser ses pouvoirs pour que justice soit faite et la liberté de la presse préservée à Malte.

« Il ne faut pas laisser les assassins de Daphne parvenir à étouffer son enquête sur la corruption au sein des plus hautes sphères à Malte », écrivent ainsi les directeurs du Guardian, du Monde, du Financial Times, d’El Pais, de La Repubblica, du Süddeutsche Zeitung, du New York Times et de la BBC.

Aucun suspect n’a toutefois été identifié jusqu’à présent par les enquêteurs maltais, aidés par des experts étrangers, notamment du FBI américain et d’Europol.

Le gouvernement a débloqué un million d’euros de récompense pour toute information permettant de mener aux auteurs et aux commanditaires du meurtre.

Mais à Malte, beaucoup ne font pas confiance aux responsables judiciaires et policiers, dont plusieurs avaient été visés par les attaques au vitriol de la blogueuse.

Souvent qualifiée de « Wikileaks à elle toute seule », Daphne Caruana Galizia, 53 ans, avait révélé certains des pans les plus sombres de la politique maltaise, s’en prenant avec virulence au Premier ministre travailliste, Joseph Muscat, et plus récemment aussi au chef de l’opposition.

Après sa mort, ses fils ont réclamé la démission de M. Muscat, l’accusant de s’être entouré d’escrocs et d’avoir créé une culture d’impunité ayant transformé Malte en « île mafia ».

Plusieurs manifestations de soutien à la journaliste ont eu lieu à Malte dont une dimanche ayant rassemblé plusieurs milliers de Maltais.

A l’appel du collectif citoyen déjà à l’origine d’un précédent grand rassemblement la semaine précédente, les manifestants ont défilé sur le front de mer de Sliema, près de La Valette, aux cris de « Honte, honte », et « Justice, justice ».

© AFP

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