Aux États-Unis, le désherbant dicamba suscite la polémique

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Un agriculteur récolte du soja à West Bend dans le Wisconsin, le 29 septembre 2010
© GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives Darren Hauck

New York (AFP) – Le désherbant dicamba s’est, selon l’Agence américaine de l’environnement (EPA), propagé involontairement sur environ 4% des champs de soja aux États-Unis, suscitant une controverse sur son utilisation.

« A partir de mai-juin 2017, l’EPA a commencé à recevoir des rapports faisant état de dégâts importants sur les récoltes dus à l’éparpillement du dicamba en dehors des champs » sur lesquels il était appliqué, indique un document de l’agence.

Il a été publié sur son site internet à l’occasion d’une rencontre sur les pesticides réunissant mercredi et jeudi des acteurs du secteur (agriculteurs, agro-chimistes, associations de protection de l’environnement, chercheurs en agronomie, etc).

Les agriculteurs touchés ont en général fait état de feuilles qui se bombent et se plissent. Les moissons de soja étant encore en cours, l’impact sur les rendements n’est pas encore connu.

Le dicamba est un herbicide commercialisé depuis les années 1960 et était jusqu’à récemment uniquement utilisé par les agriculteurs avant que les plantes ne sortent de terre.

Mais Monsanto a développé des semences de soja et de coton génétiquement modifiées pour, entres autres, tolérer ce produit. De nouvelles versions du dicamba pouvant être épandues dans les champs plus tard dans la saison ont dans la foulée été autorisées.

Commercialisées par Monsanto, BASF et DuPont, ces nouvelles versions ont été rapidement prisées par de nombreux producteurs pour leur efficacité à combattre des mauvaises herbes devenues résistantes à d’autres herbicides comme le glyphosate.

Mais certains agriculteurs se plaignent que le produit a tendance à se disperser au-delà des champs sur lesquels il est pulvérisé, affectant au passage le soja non modifié génétiquement pour lui résister.

Au total, 2.708 réclamations liées au dicamba avaient été au 15 octobre déposées auprès des agences en charge de l’agriculture dans les Etats où il est autorisé, selon le document de l’EPA.

Près de 1,5 million d’hectares de soja ont été touchés ainsi que des champs de tomates, de pastèques, de melons, de citrouilles, de légumes, de tabac, des vignes, voire des jardins de particuliers, détaille l’agence.

Pour tenter de limiter les problèmes liés à l’utilisation de ces nouvelles formes du dicamba, actuellement autorisées jusque novembre 2018, l’EPA a en octobre émis de nouvelles consignes sur son application.

« Nous continuons à écouter les remarques des acteurs concernés et surveillons si les changements récents apportent des améliorations afin de décider si nous continuerons à autoriser l’utilisation du dicamba sur les plantes déjà levées au-delà de la saison 2018 », a indiqué à l’AFP un porte-parole de l’EPA.

« Notre objectif est de prendre une décision l’année prochaine à temps pour que les agriculteurs puissent acheter leurs semences en toute connaissance de cause pour la saison suivante », a-t-il ajouté.

Les causes de l’éparpillement du désherbant font l’objet d’un débat, les fabricants mettant en cause une mauvaise utilisation du produit par les agriculteurs tandis certains chercheurs et fermiers mettent plutôt en avant la nature même du produit, prompt selon eux à s’évaporer et à dériver dans l’air.

Les nouvelles semences génétiquement modifiées par Monsanto pour résister au dicamba ont été utilisées en 2017 sur environ 8 millions d’hectares de soja. Le groupe américain ambitionne de doubler cette superficie l’an prochain.

© AFP

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