Au Portugal, le bouchon de liège pousse son avantage

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Des chênes-lièges dans une forêt de Coruche (centre du Portugal), le 23 octobre 2017
© AFP PATRICIA DE MELO MOREIRA

Coruche (Portugal) (AFP) – « Regardez-les, comme s’ils étaient des humains, chacun est différent »: dans cette forêt portugaise de chênes-lièges baignée de soleil, chaque arbre pousse à son rythme.

Ils donneront la matière première des bouchons de bouteille de vin en liège, de plus en plus techniques et en pleine résistance face au plastique et aux capsules.

« Celui-ci a quatre ans », souligne Conceiçao Silva, ingénieure forestière, qui couve du regard de petites branches sortant à peine du sol qu’on écraserait si on n’y prenait garde. Dans cette forêt naturelle de la région du Ribatejo, elle veille sur la santé de 1.300 hectares de chênes-lièges.

Ces arbres, qui peuvent vivre jusqu’à 300, voire 400 ans, « grandissent très lentement », explique-t-elle à l’AFP.

« Il faut autour de 50 ans pour qu’ils rapportent de l’argent », selon Jean-Marie Aracil, chargé de mission à la Fédération française du liège.

Ces forêts sont un trésor national au Portugal qui fournit, à lui seul, la moitié du liège servant à boucher sept bouteilles sur dix dans le monde.

Il faut entre 25 et 35 ans pour obtenir une première levée « qui ne vaut rien », puis attendre encore neuf ans pour la récolte suivante, la troisième étant la première réellement exploitable par les bouchonniers.

À quelques kilomètres de la forêt, autour d’une des usines du numéro un mondial du secteur, Amorim, des milliers de pièces de liège tout juste récoltées sèchent à perte de vue sur une surface grande comme une dizaine de terrains de football.

Après six mois de farniente, elles seront bouillies pour gagner épaisseur et élasticité, et supprimer les tanins, avant d’être découpées en bandes, puis perforées en bouchons.

Ceux-ci seront ensuite lavés, séchés, marqués et traités avec de la paraffine ou du silicone afin de favoriser leur extraction.

Entretemps, les bouchons auront fait l’objet de multiples opérations de tri.

Au minimum, six tris différents, selon José Pinto, directeur de Lafitte Portugal, bouchonnier français installé près de Porto. Car seulement 15 à 30% du liège présente une qualité suffisante pour fabriquer des bouchons d’un seul tenant, réservés aux vins de qualité.

Les 80% restants seront transformés en granules. La moitié servira à faire fonctionner les chaudières de l’usine. L’autre moitié des granules seront collés et agglomérés pour constituer des bouchons dits techniques.

Ces bouchons techniques ont gagné du terrain ces dernières années, permettant au liège de faire de la résistance, sérieusement chahuté qu’il était par les bouchons en plastique et autres capsules à vis, qui ont fait perdre près d’un tiers du marché à ce matériau naturel utilisé depuis les Étrusques.

La raison principale du déclin du liège tenait en un seul mot: le « goût de bouchon ». « On l’accepte de moins en moins », confirme à l’AFP Dominique Tourneix, directeur général de Diam Bouchage, société française spécialisée dans le bouchon technique.

Selon lui, les nouvelles clientèles des vins français -les Chinois, Japonais ou Britanniques- « sont beaucoup moins tolérantes » et ont contaminé leurs voisins.

« Il y avait une tolérance qui était énorme, en Espagne, France, Italie. Ce n’est plus le cas, d’autant que ce sont les vins haut de gamme qui se développent », explique M. Tourneix.

Les bouchons techniques ont permis de limiter les incidents. Les fabricants ont également lourdement investi en recherche pour détecter le problème.

« La +premiumisation+ (montée en gamme, NDLR) du vin est un phénomène positif pour l’industrie », ajoute Carlos de Jesus, directeur du marketing d’Amorim, où les contremaîtres ont été remplacés par des ingénieurs en blouses blanches.

« Le liège gagne du terrain. La consommation mondiale de vin augmente de 0,8% à 1% par an, l’exportation de liège du Portugal augmente de 2% par an, soit 1,4% pour le bouchon de liège: nous retrouvons des parts de marché », souligne M. de Jesus. Une première depuis le début des années 2000, selon lui.

La matière première ne devrait pas faire défaut.

Selon M. Aracil, les autorités du pays ont décidé, après les énormes feux de forêts de l’été dernier, de « favoriser chaque fois que c’est possible la plantation de chênes-lièges », qui par leurs propriétés isolantes, jouent un rôle de « barrière à la propagation du feu ».

© AFP

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