Canada: face aux contestations, le sort incertain d’un oléoduc

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Vancouver (AFP) – Le sort d’un oléoduc controversé, visant à acheminer davantage de pétrole des sables bitumineux de l’Alberta vers la banlieue de Vancouver pour l’exporter vers l’Asie, est au cœur d’une intense bataille judiciaire dans l’Ouest canadien.

Deux tribunaux doivent se prononcer sur le projet de la société américaine Kinder Morgan, qui veut faire passer de 300.000 à 890.000 barils par jour la capacité de son oléoduc Trans Mountain.

Leurs décisions auront un impact majeur sur l’industrie pétrolière du Canada, en particulier sur sa capacité d’augmenter significativement ses exportations vers l’Asie.

« Ces actions en justice représentent la plus grande menace pour le projet Trans Mountain », explique à l’AFP George Hoberg, spécialiste des politiques environnementales et des ressources naturelles à l’Université de Colombie-Britannique: « Si la Cour d’appel fédérale annule le permis autorisant le projet, cela sonnera vraisemblablement le glas de l’oléoduc. »

À l’extérieur des tribunaux, Amérindiens, environnementalistes et autres opposants anticipent le pire: que la licence soit maintenue.

Dans les eaux de la baie de Vancouver, ils ont organisé récemment un « camp de résistance à l’oléoduc ». Des militants de Greenpeace, à bord de kayaks, y prodiguaient des conseils pour entraver le mouvement des pétroliers.

– Marée noire et orques –

La construction de nouveaux oléoducs, alors que la production de pétrole tirée des sables bitumineux de l’Alberta ne cesse d’augmenter, suscite la controverse au Canada.

Face aux contestations, la société TransCanada –promoteur de l’oléoduc géant Keystone XL devant relier les gisements de l’Alberta au Golfe du Mexique depuis les États-Unis– a abandonné cet automne un autre projet de 15,7 milliards de dollars canadiens (10,6 milliards d’euros) entre cette province de l’Ouest et la côte atlantique du Canada.

L’agrandissement du Trans Mountain doit se faire en majeure partie le long de l’oléoduc existant, sur un millier de kilomètres entre Edmonton, capitale de l’Alberta, et Burnaby, en Colombie-Britannique, dans la proche banlieue de Vancouver, sur la côte de l’océan Pacifique.

Lors d’audiences tenues jusqu’à la semaine dernière devant la Cour d’appel fédérale, l’Office national de l’énergie, régulateur du secteur, a dû se défendre d’accusations selon lesquelles il n’a pas pris en compte toutes les implications du projet, avant de l’autoriser.

Les pétroliers et le gouvernement du Premier ministre Justin Trudeau, défenseur du projet, ont fait valoir que l’oléoduc relève de l’intérêt national, en plus de satisfaire aux critères environnementaux. C’est aussi, selon eux, la garantie de milliers d’emplois.

À l’inverse, les opposants, emmenés par le gouvernement social-démocrate arrivé au pouvoir cet été en Colombie-Britannique, ont invoqué les risques de marée noire, avec l’augmentation du trafic maritime, et ses conséquences sur les populations d’orques du Pacifique, une espèce menacée.

– Première nation Squamish –

Ils ont également demandé une réévaluation des émissions de gaz à effet de serre du projet –désormais un critère dans l’évaluation des oléoducs–, d’autant que le Canada s’est engagé depuis l’approbation de l’oléoduc à réduire ses émissions dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat (COP21).

Une autre action en justice contre le projet s’engage dès la semaine prochaine devant la Cour suprême de Colombie-Britannique. Cette fois, la première nation Squamish va demander à la province de révoquer le permis que le précédent gouvernement conservateur local avait accordé à Kinder Morgan. Elle fait valoir qu’elle n’a pas été dûment consultée dans le cadre du projet, comme l’exige le processus d’approbation.

Après ces audiences, les deux tribunaux risquent de faire durer le suspense sur leurs décisions pendant plusieurs mois. Et quelles que soient leurs décisions, la bataille pourrait se poursuivre jusqu’à la Cour suprême du Canada.

Si la justice finit par autoriser le projet, ses opposants promettent d’engager sur le terrain une bataille de tous les instants contre l’oléoduc.

« Je n’ai jamais participé à une activité de désobéissance civile de ma vie, mais je me battrai contre Kinder Morgan », promet Adrianne Carr, membre du conseil municipal de Vancouver.

George Hoberg prédit que « si la contestation judiciaire n’a pas raison de l’oléoduc, s’ensuivra un intense mouvement d’opposition sur le terrain, à l’image de celui de Standing Rock aux États-Unis » l’an dernier pour un projet semblable.

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