La Corse en quête de solutions, après la sécheresse et les flammes de l’été

Publié le : Last updated:

flammes corse

Des volontiers coupent des branches d’arbres brûlées dans les incendies de l’été à Ocana, en Corse, dans le sud de la France, le 30 septembre 2017
© AFP PASCAL POCHARD-CASABIANCA

Ajaccio (AFP) – Des arbres rougis, une végétation appauvrie, des réserves d’eau asséchées: après les incendies de l’été qui ont ravagé des milliers d’hectares, la Corse panse ses plaies, dans un environnement encore très marqué par la sécheresse des derniers mois.

« On a subi une très longue sécheresse, remarquable par sa précocité et son intensité », explique à l’AFP Philippe Caramelle, directeur adjoint de l’Office national des forêts (ONF) en Corse.

« En février, on a eu des précipitations très correctes et de fortes chutes de neige », rappelle cet ingénieur forestier, mais dès le mois de mars, l’île a fait face « à de fortes chaleurs qui se sont prolongées jusque début septembre ».

« Les premières pluies mi-septembre, même si elles n’ont pas été énormes, ont calmé la situation sur le front des incendies et permis d’assurer l’approvisionnement en eau des végétaux », relève-t-il.

« Les végétaux commencent à récupérer », observe-t-il, mais le soulagement ne sera qu’éphémère, en l’absence de pluie importante attendue dans les semaines à venir.

Sur le terrain, les feuillages habituellement verdoyants tout l’hiver, comme le liège, les résineux, bruyères ou myrte, revêtent en effet depuis plusieurs jours une couleur rouge-brun, offrant un paysage inédit.

Pour M. Caramelle, cette teinte vient d’un manque d’eau, qui a empêché les plantes – qui perdent ainsi leur pigment vert – de « photosynthétiser ». Dans l’extrême sud de l’île, de Porto-Vecchio à Bonifacio en passant par Figari, la sècheresse est particulièrement criante, selon ce professionnel.

Entre la pluie insuffisante et les incendies dévastateurs de cet été, il y a urgence à préparer les terrains et à trouver des solutions pour éviter de nouvelles catastrophes.

Tronçonneuses, cisailles et serpettes à la main, Andreas Haas et quelques autres bénévoles tâchent ainsi de soigner les sols à Ocana (Corse-du-Sud). L’opération consiste à créer des « fascines », en ramassant les tiges et branches des arbres brûlés, en les coupant puis en les déposant au sol, pour en faire des barrières naturelles.

L’objectif est de panser les plaies des sols, mis à nu par les incendies, et d’éviter ainsi au maximum que l’eau de pluie ne ruisselle sans pénétrer la terre, emportant ainsi ses éléments fertiles.

« En Corse, il y a beaucoup de pentes et, du coup, beaucoup de surfaces ont brûlé » et entraîné « un appauvrissement des sols », explique Andreas Haas.

Il en veut pour preuve l’apparition par endroit d’asphodèles, une plante longue fleurie, dont la base est assez fournie, mais qui est la marque de « sols très pauvres en nutriments », selon cet amoureux de la nature. « Quand on en trouve, c’est que le terrain est foutu pour plusieurs années. »

Ils sont par ailleurs « toxiques pour les ovins et bovins » et, de fait, « pas bons pour le pâturage », se lamente-t-il, aux côtés des quelques rares éleveurs ou agriculteurs de la région.

« Tout est embroussaillé », se désole de son côté Josette Faye, membre de l’Association foncière pastorale, dont la mission est de « repeupler, réapprovisionner les parcelles de terrain à l’abandon ». Selon M. Haas, il n’y a plus que trois ou quatre bergers à Ocana, là où dans les années 60, ils étaient au moins huit à laisser pâturer leurs bêtes.

Lorsque le maquis prend le dessus, que les broussailles jonchent les sols, et qu’aucun obstacle ne s’érige, les feux deviennent violents et brûlent intensément de vastes zones.

Une châtaigneraie par là, un élevage porcin par ici, et quelques chèvres et vaches plus tard, les villageois espèrent ainsi aider la nature à reprendre le dessus.

« Toutes ces bêtes entretiennent le maquis », explique Josette, « les chèvres mangent les ronces et toute autre chose qui embroussaille le maquis et elles engraissent le terrain en laissant les excréments en route ».

© AFP

Media Query: