Canada: levée de boucliers contre la construction d’un oléoduc

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Les 27 août 2017 au large de l’île américaine de San Juan, des « Kayaktivistes » protestent contre le projet de l’entreprise américaine Kinder Morgan qui veut accroître la production de son oléoduc Trans Mountain
© AFP/Archives Tim Exton

Vancouver (AFP) – Amérindiens, environnementalistes et collectivités locales se dressent contre le gouvernement fédéral canadien pour bloquer le triplement des capacités d’un oléoduc devant acheminer le pétrole des sables bitumineux de l’Alberta vers la banlieue de Vancouver (ouest), pour l’exporter vers l’Asie.

En Colombie-Britannique, la cour d’appel fédérale examinait mardi les arguments de l’entreprise américaine Kinder Morgan qui vient d’engager des travaux préliminaires pour faire passer de 300.000 à 890.000 barils par jour la capacité de son oléoduc Trans Mountain.

La veille, les communautés autochtones hostiles à l’oléoduc avait déposé leurs griefs, notamment sur les risques de contamination de leur approvisionnement en eau potable.

Fin novembre 2016, le Premier ministre Justin Trudeau avait donné le feu au triplement de la capacité du Trans Mountain, un projet de près de 6 milliards de dollars américains (5,1 mds d’euros). Cet agrandissement doit se faire en majeure partie le long de l’oléoduc existant, sur un millier de kilomètres entre Edmonton, capitale de l’Alberta, et Burnaby en Colombie-Britannique, dans la proche banlieue de Vancouver, sur l’océan Pacifique.

Mais l’arrivée au pouvoir cet été en Colombie-Britannique d’un gouvernement social-démocrate a changé la donne. Fort du soutien de l’opinion publique, le gouvernement provincial a saisi la justice dans une ultime tentative pour faire annuler le feu vert au projet.

Au premier jour des audiences lundi, l’Amérindien Stewart Phillip de l’Union des chefs autochtones de Colombie-Britannique a promis de défier, au besoin, les tribunaux pour empêcher la construction de l’oléoduc.

“Nous allons préserver l’avenir de nos enfants et petits-enfants », a lancé le grand chef Stewart à une foule enthousiaste de plusieurs centaines de personnes réunies devant le tribunal de Vancouver où se déroulent les audiences.

Les pétroliers et le gouvernement Trudeau, défenseurs du projet, font valoir que la construction de l’oléoduc est dans l’intérêt national du Canada. Un oléoduc trois fois plus grand permettra de désenclaver la production de pétrole de l’Alberta, d’accroître les capacités d’exportation –notamment vers les marchés asiatiques–, afin d’obtenir un meilleur prix pour chaque baril de brut.

C’est aussi, selon eux, la garantie de milliers d’emplois et l’Office national de l’énergie (ONE), régulateur du secteur, souligne avoir pris en compte les multiples implications du projet (économiques, sociales, culturelles, environnementales et politiques) avant de l’autoriser.

A l’inverse, les opposants invoquent surtout les menaces que l’augmentation du trafic maritime ferait peser sur le fragile environnement côtier de la province et l’industrie touristique. Ils redoutent une éventuelle marée noire et ses conséquences sur les populations d’orques du Pacifique, une espèce menacée.

Ils affirment aussi que le projet a été autorisé sans tenir compte entièrement de l’impact que l’augmentation de la production de pétrole tirée des sables bitumineux aura sur le changement climatique avec l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre.

La construction de nouveaux oléoducs, alors que la production de pétrole de l’Alberta ne cesse d’augmenter, suscite une vie controverse.

En août, avant toute autorisation, l’ONE a décidé de resserrer ses critères d’évaluation d’un autre projet majeur, soit l’oléoduc Energie Est de la société TransCanada, promoteur de l’oléoduc géant Keystone XL devant relier les champs pétroliers canadiens du Golfe du Mexique aux États-Unis.

TransCanada a depuis suspendu sa demande de permis pour Energie Est, projet de 15,7 milliards de dollars canadiens (10,6 milliards d’euros) censé transporter 1,1 million de barils de pétrole par jour entre l’Alberta et la côte atlantique.

Au tribunal de Vancouver, les audiences sur le Trans Mountain doivent se tenir au moins jusqu’au 12 octobre avec notamment les représentants du gouvernement fédéral, celui de la province de l’Alberta et les délégués de l’ONE.

Après ces audiences, la Cour d’appel risque de faire durer le suspense sur sa décision pendant plusieurs mois.

Et quelle que soit sa décision, la bataille pourrait se poursuivre jusqu’à la Cour suprême.

© AFP

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