Glyphosate: la France peine à clarifier son calendrier

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Le Premier ministre Edouard Philippe, le 25 septembre 2017 à Paris
© AFP CHRISTOPHE SIMON

Paris (AFP) – La France a confirmé lundi son intention de réduire progressivement l’utilisation agricole de l’herbicide controversé glyphosate, le plus vendu au monde, mais peine à énoncer clairement une stratégie de remplacement et une date butoir.

Sans donner de calendrier précis, le Premier ministre Edouard Philippe croyait sans doute pacifier la tension entre agriculteurs et défenseurs de l’environnement lundi matin: Matignon a demandé par communiqué aux deux ministères concernés -et antagonistes- de lui présenter « d’ici la fin de l’année » un rapport sur « les conditions d’un plan de sortie » de ce produit.

Mais sur la scène médiatique, le premier ministre s’est fait doubler par le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, qui a affirmé sur la chaîne BFMTV et RMC que le produit « ainsi que tous ceux qui lui ressemblent et qui menacent la santé des Français » serait interdit en France « d’ici la fin du quinquennat », soit 2022.

Cette annonce, précise, a immédiatement déclenché une très vive réaction du principal syndicat agricole FNSEA, selon lequel il est « hors de question » que la France prenne une position « unilatérale », différente du résultat du vote européen prévue en octobre sur la reconduction, ou non, du désherbant dans l’Union européenne.

La Commission a proposé de renouveler pour 10 ans la licence d’exploitation du glyphosate dans l’Union Européenne, qui expire fin 2017.

Depuis la fin août, Paris a annoncé via le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, son intention de s’opposer à ce renouvellement pour 10 ans. Sans plus de détail sur le calendrier de transition.

En milieu de journée, M. Castaner a minimisé ses déclarations initiales en indiquant à l’AFP que le gouvernement « s’engageait à des progrès significatifs » d’ici à 2022, pour tous les pesticides dont le glyphosate, mais en précisant qu’il « n’y a pas d’autre date arrêtée par le Premier ministre ».

« L’objectif est qu’on puisse trouver des produits de substitution d’ici la fin du quinquennat » a-t-il déclaré, sans donner de date butoir pour un retrait.

En France, l’utilisation du glyphosate par les collectivités dans les espaces ouverts au public est interdite depuis le 1er janvier 2017 et son emploi par les particuliers doit être proscrit à partir de 2019.

Classé « cancérogène probable » en 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer (OMS), le glyphosate reste très utilisé en agriculture pour lutter contre les mauvaises herbes et maximiser les rendements des cultures.

Des agriculteurs de la FNSEA ont manifesté vendredi à Paris sur les Champs Elysées pour s’opposer à un abandon unilatéral par la France du produit au nom de « l’excellence agricole française ».

Déjà affaiblis par la crise en cours, ils s’opposent à une « distorsion de concurrence » avec l’agriculture des pays voisins qui, elle, peut utiliser le produit, et donc, bénéficier de coûts de production plus bas et plus avantageux.

Lundi, Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, a relevé auprès de Nicolas Hulot d’autres « incohérences » gouvernementales: « la même semaine, on parle interdiction du glyphosate en France, mais on laisse venir, via le CETA (accord de libre échange commercial entre l’UE et le Canada), des produits d’autres pays, avec 43 substances non autorisées en France », a-t-elle déclaré à la presse.

Le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert avait évoqué vendredi une période de transition possible « de cinq à sept ans », précisément pour laisser le temps de mettre en place des mesures alternatives.

Le ministre Nicolas Hulot a pour sa part placé les agriculteurs français face au temps long: « la justice et l’histoire nous rattraperont » si rien n’est fait pour remédier au problème phytosanitaire. « Au prétexte que c’est compliqué, doit-on continuer à mettre le sujet sous la table? », a-t-il demandé samedi dans une interview à Ouest France.

© AFP

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