Au tribunal, le pneumologue Aubier empêtré dans ses « liens d’intérêt »

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Le pneumologue Michel Aubier, ancien chef de service à l’hôpital Bichat à Paris, arrive au palais de justice de Paris le 14 juin 2017.
© AFP CHRISTOPHE ARCHAMBAULT

Paris (AFP) – Total lui versait près de la moitié de ses revenus annuels et il cumulait des « conventions » avec des laboratoires: jugé au tribunal pour « faux témoignage » devant une commission d’enquête du Sénat, le pneumologue Michel Aubier s’empêtre dans ses « liens d’intérêt » avec ses divers employeurs.

Après quatre heures d’audience consacrées à des points de procédure, dont une Question prioritaire de constitutionnalité de la défense rejetée par le tribunal, Michel Aubier, 69 ans, ancien chef de service à l’hôpital Bichat à Paris, est enfin interrogé. Mais il s’empêtre dans ses explications en affirmant n’avoir « absolument pas » le sentiment d’avoir menti.

Entendu le 16 avril 2015 par une commission sénatoriale qui le recevait pour évoquer le « coût économique et financier de la pollution de l’air », il avait prêté serment en promettant de dire « toute la vérité ». Et déclaré dans la foulée n’avoir « aucun lien d’intérêt avec les acteurs économiques. » Sauf que depuis 1997, il était employé comme médecin-conseil d’abord par Elf Aquitaine puis par Total.

L’enquête a révélé qu’en 2012, 2013, 2014 et 2015, il a touché près de 100.000 euros par an de la part du géant pétrolier. Il a également reçu des actions dans le cadre d’un plan d’épargne salariale.

La présidente calcule que ce que lui verse Total, c’est « presque » la moitié des revenus qu’il déclare annuellement – un peu plus de 200.000 euros. Son contrat de travail avec Total, qui lui octroyait également une voiture de fonction, prévoyait « neuf demi-journées par mois » d’activité dans l’entreprise.

Le médecin siégeait par ailleurs au conseil d’administration de la « Fondation Total », une activité non rémunérée.

Michel Aubier assure qu’il était « absolument de toute bonne foi » face au Sénat, qui l’a dénoncé et a déclenché l’action judiciaire qui vaut au professeur de médecine d’être jugé pour « témoignage mensonger ». Délit passible de jusqu’à cinq ans de prison et 75.000 euros d’amende.

Pour le prévenu, « il n’y avait aucun conflit d’intérêt » entre une fonction relevant de la médecine du travail auprès de Total, et une intervention devant une commission sénatoriale consacrée à la pollution.

Cette intervention, il l’a d’ailleurs faite pour « rendre service » au patron de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch, qui était empêché.

« Voilà où je me retrouve maintenant », souffle le médecin, qui dit avoir payé toute cette affaire « au prix fort ».

Par exemple, il a dû changer de banque, explique le pneumologue, aujourd’hui retraité de l’AP-HP mais qui poursuit des recherches et continue son activité pour Total. Ce qui porte ses revenus mensuels à environ 20.000 euros.

Michel Aubier se défend d’être un « négationniste » en matière de pollution, assurant qu’il a été « l’un des premiers » à étudier le lien entre le diesel et l’asthme, par exemple.

La présidente lui rappelle qu’il n’est pas poursuivi pour des « conflits d’intérêts », ou pour le contenu de son intervention au Sénat.

Ce qui est en cause, relève-t-elle, ce sont de simples « liens » avec des acteurs économiques, qu’il était obligé de déclarer, face au Sénat mais aussi au quotidien, en vertu d’obligations de transparence pesant sur les professionnels de santé .

Ce type de liens, le médecin en a plusieurs: outre Total, il a passé des conventions, parfois peu rémunératrices, avec onze laboratoires, par exemple Roche et Servier.

Michel Aubier déclare de manière aléatoire ces diverses collaborations, selon qu’il s’adresse à l’AP-HP, qui se porte partie civile contre lui, à l’université qui l’emploie, ou à d’autres organismes.

« Vous faites le tri », constate une juge assesseur.

Le sénateur Jean-François Husson, qui présidait la commission sur le coût de la pollution, et qui a fait prêter serment à Michel Aubier, vient peu après à la barre pour réclamer une peine « exemplaire », au nom du « respect de nos institutions ».

Le procès doit s’achever en début de soirée avec les plaidoiries et les réquisitions. La décision sera rendue à une date ultérieure.

© AFP

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