La météo agricole personnalisée, au bonheur des champs

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Météo agricole

Un fermier consulte sa station météo personnalisée sur son smartphone, à Beaucourt-sur-l’Hallue le 7 février 2017
© AFP/Archives DENIS CHARLET

Beaucourt-sur-l’Hallue (France) (AFP) – Va-t-il pleuvoir dans les trois heures à venir sur sa parcelle? Nicolas de Cauwer, céréalier dans la Somme, ne peut désormais plus se passer de sa station météo personnalisée qui a nettement amélioré son quotidien et diminué (un peu) ses épandages de pesticides.

Avec ses deux bras et son tronc aux allures d’épouvantail métallique planté au beau milieu de ses champs, encore au repos mi-février, ce drôle d’engin lui permet de suivre en temps réel sur son smartphone la pluviométrie, l’hydrométrie ou encore la vitesse du vent sur ses 175 hectares à Beaucourt-sur-l’Hallue.

« L’appareil a révolutionné mon quotidien: grâce à cette météo ultra-locale, je peux me lever le matin en étant sûr des conditions climatiques, parfois très différentes d’une parcelle à l’autre, et sais dorénavant exactement quand je dois traiter mes champs. C’est un gain de temps et d’énergie énorme », explique cet agriculteur de 55 ans.

D’autant plus appréciable que M. de Cauwer exerce depuis 15 ans une double activité dans l’informatique et habite avec sa famille à Amiens, à 20 kilomètres de sa ferme.

« Je passe désormais beaucoup plus de temps auprès de mes proches… même si mon épouse râle parce que maintenant j’ai toujours le nez rivé sur mon téléphone », s’amuse-t-il.

– Gains de productivité –

Cet appareil, utilisé certes depuis des années par le monde agricole, profite des avancées technologiques pour se démocratiser et offrir des données personnalisées immédiatement utilisables.

« Les stations météo personnalisées connaissent un boom depuis deux ans: elles sont déjà présentes chez quelques centaines d’exploitants (sur environ 450.000 exploitations en France, NDLR) pour plusieurs milliers attendus l’an prochain. Et la France est pionnière mondiale dans ce domaine! », s’enthousiasme Jean-Pierre Chanet, de l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea).

Utilisant du matériel similaire à celui de Météo France, ces stations, à l’autonomie de trois à cinq ans et totalement mobiles, transmettent leurs données micro-localisées récoltées à l’aide de plusieurs capteurs par ondes radio.

« Ce sont des outils d’aide à la décision, qui ne remplaceront jamais l’avis final de l’agriculteur, permettant à la fois des gains de productivité mais aussi d’utiliser de manière plus raisonnée les pesticides », poursuit M. Chanet.

Un argumentaire ressassé par la poignée de sociétés qui commercialisent désormais ces stations, vendues entre 300 et plusieurs milliers d’euros pour les plus performantes, hors frais d’abonnement annuels d’environ 200 euros, même si elles n’osent pas avancer des chiffres concrets.

– Prédiction des maladies –

« L’agriculture est trop systémique pour savoir combien à elle seule la station météo réduit l’utilisation des pesticides. Il faut rester humble car il y a la vie des sols qui entre aussi en compte! », relève auprès de l’AFP Jérôme Leroy, fondateur de la société Weenat.

Féru de technologies, M. de Cauwer estime pour sa part avoir réduit de 5% l’utilisation de pesticides.

« Les prévisions me rassurent sur l’efficacité de mes traitements et me permettent de les baisser un peu en évitant de surdoser pour compenser les mauvaises conditions météo », affirme le céréalier, fervent défenseur de « l’agriculture raisonnée » et productiviste, seule à même, selon lui, de pouvoir nourrir la planète.

A l’avenir, ces stations devraient même s’ouvrir à la prédiction des maladies des cultures, source de pertes de revenus considérables, s’enthousiasme le « monsieur technologie » de la Chambre d’agriculture de la Somme, Matthieu Preudhomme: « grâce à la collecte des données des différentes stations et leur intégration dans des modèles mathématiques, nous pourrions exprimer au mieux le cycle d’évolution d’une maladie ou l’attaque de ravageurs qui dépendent des conditions météo et donc mieux les anticiper ».

© AFP

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