« Substances indésirables » dans 400 cosmétiques selon l’UFC-Que Choisir

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Cosmétiques

Un rayon de produits cosmétiques et d’hygiène dans une parapharmacie à Caen le 23 juin 2015
© AFP/Archives CHARLY TRIBALLEAU

Paris (AFP) – Gels douche, shampoings, crèmes, déodorants ou dentifrices: des centaines de produits de beauté et d’hygiène, y compris pour bébés et vendus en pharmacie, contiennent toujours des « substances indésirables », notamment des allergènes et des perturbateurs endocriniens, selon l’UFC-Que Choisir.

L’association a recensé environ 400 produits cosmétiques contenant « un ou plusieurs ingrédients indésirables », à partir d’une base de données qui a doublé depuis son lancement en février 2016 (https://www.quechoisir.org/comparatif-ingredients-indesirables-n941/).

La présence de ces substances est « toujours aussi massive », déplore-t-elle dans un communiqué. « 90% des produits incriminés en 2016 contiennent toujours les mêmes substances indésirables, au détriment de la santé des consommateurs ! »

– Colorations –

Dans sa ligne de mire: « onze substances ou familles de substances indésirables préoccupantes ».

Parmi elles, des perturbateurs endocriniens comme le BHA et les butylparabens et propylparabens, ainsi que des allergènes comme la methylisothiazolinone (MIT).

Les perturbateurs endocriniens (PE) sont des substances chimiques présentes dans de nombreux produits du quotidien qui perturbent le système hormonal et peuvent générer maladies et anomalies.

Du BHA a par exemple été trouvé dans des baumes pour les lèvres ou une crème pour les pieds secs et abîmés. Le butylparaben et le propylparaben sont présents tous les deux dans des soins capillaires, des lingettes, un fond de teint, un mascara, un gel douche…

Par ailleurs, « des allergènes majeurs sont encore très couramment utilisés, au premier rang desquels la MIT », bien que « dermatologues et allergologues n’arrêtent pas d’alerter sur leur présence dans les cosmétiques », déplore Olivier Andrault, de l’UFC.

Selon l’association, la methylisothiazolinone (MIT) et la methylchloroisothiazolinone (MCIT) se révèlent les substances « les plus inquiétantes, à tel point que ces conservateurs viennent d’être interdits dans les produits non rincés ».

Elles sont pourtant toujours présentes dans des soins pour les pieds, les cheveux et des shampoings.

Dans les produits de coloration capillaire, elle sont associées à la p-phenylenediamine, « ce qui accroît encore le risque de déclencher des réactions allergiques graves », souligne l’UFC.

« Même les produits pour bébés ne sont pas épargnés », déplore l’association. Du phenoxyethanol, un conservateur toxique pour le foie, a été retrouvé dans plusieurs crèmes pour nourrissons.

Pour André Cicolella, du Réseau Environnement Santé, ces résultats ne sont « pas une surprise ». « Les cosmétiques sont une source importante de contamination de la population, notamment des femmes enceintes et des foetus », affirme-t-il.

– Mentions « faussement rassurantes » –

« Il y a des évolutions » dans la composition des produits « mais elles sont malheureusement trop rares, déplore M. Andrault, rappelant que 10% seulement des produits incriminés en 2016 par l’UFC ont vu leur composition améliorée.

Par ailleurs, « des mentions faussement rassurantes fleurissent sur les emballages, comme +sans parabens+ ou +hypoallergénique+ », souligne-t-il.

Or, le caractère « hypoallergénique » d’un produit « n’est pas défini de manière normée par la réglementation ». Et le paraben peut avoir été « remplacé par d’autres composants problématiques qui sont également des perturbateurs endocriniens », souligne M. Andrault.

L’industrie des cosmétiques utilise ces composés indésirables « à la faveur d’une réglementation laxiste », s’indigne l’UFC.

Pour les perturbateurs endocriniens par exemple, « les projets de définition proposés par la Commission européenne exigent un niveau de preuve si élevé que, dans la pratique, aucune substance ne se verrait interdite », regrette-t-elle.

L’UE doit à nouveau tenter de parvenir à une définition des perturbateurs endocriniens le 28 février.

« La réglementation est basée sur les concepts des années 60-70, pas sur les données scientifiques d’aujourd’hui », déplore M. Cicolella, convaincu que les substances indésirables « sont facilement remplaçables ».

L’industrie cosmétique continue à les utiliser « pour une question de facilité technique, de prix de revient », estime François Veillerette, de l’ONG Générations Futures.

Réagissant à l’enquête de l’UFC, la fédération des entreprises de la beauté (Febea) a souligné dans un communiqué que la réglementation européenne était « la plus stricte » au monde en la matière, et qu’elle évoluait pour tenir compte des dernières connaissances scientifiques en s’appuyant sur un comité d’experts indépendants.

Par ailleurs le secteur prend des engagements « forts » qui vont au-delà des réglementations, les entreprises ayant pour « priorité absolue » la sécurité des consommateurs, a-t-elle affirmé.

© AFP

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