Elevage et agriculture parient sur l’édition génétique aux USA

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Nourriture d’un troupeau de boeuf dans un ranch près de Delmano en Californie, le 3 février 2014
© AFP/Archives FREDERIC J. BROWN

Boston (Etats-Unis) (AFP) – L’édition génétique qui suscite les plus grandes craintes éthiques vu sa capacité à modifier l’ADN humain, est jugée par nombre d’experts comme un outil très prometteur pour améliorer l’élevage et l’agriculture aux Etats-Unis.

Bien que cette technique soit différente des OGM puisqu’elle ne transfert pas de gène étranger à un organisme, des scientifiques et organismes de défense des consommateurs jugent insuffisantes à ce jour les études d’évaluation des risques potentiel, notamment environnementaux.

« Emboîtant le pas au succès des méthodes traditionnelles de reproduction, l’édition génétique représente un extraordinaire potentiel pour doper la viabilité de la production du cheptel tout en améliorant la qualité des produits et le bien-être des animaux », a fait valoir quant à elle Alison Van Eenennaam, experte de génomique animale à l’Université de Californie à Davis lors d’une présentation ce week-end à la conférence annuelle de l’American association pour l’avancement de la science (AAAS).

L’insémination artificielle, le transfert d’embryon, les croisements de races et plus récemment la sélection génomique ont permis des améliorations considérables ces dernières décennies en termes de production et de protection de l’environnement.

Grâce à une reproduction sélective pour améliorer le rendement des vaches laitières, leur nombre aux Etats-Unis est tombé de 25,6 millions en 1944 à seulement neuf millions aujourd’hui qui produisent pourtant 1,6 fois plus de lait, a précisé cette généticienne.

« Maintenant l’édition génétique permet de compléter cet arsenal en insérant de façon très précise dans le génome des traits génétiques souhaitables », a-t-elle poursuivi.

Cette technique est déjà utilisée avec succès pour rendre le bétail résistant à des maladies dévastatrices comme le syndrome reproducteur et respiratoire porcin (SRRP), un grand problème aux Etats-Unis comme en Europe.

Dans son laboratoire à Davis, cette scientifique est parvenue avec l’édition génétique à produire des vaches laitières qui naissent sans cornes, une avancée pour les éleveurs qui le plus souvent les retirent aux génisses selon une procédure douloureuse pour l’animal.

Le retrait des cornes permet d’éviter des blessures dans le troupeau et aux employés.

Certaines races de vaches comme les angus sont porteuses d’une mutation génétique qui les privent de cornes.

L’édition génétique à la capacité de modifier un gène normal identique chez des vaches Holstein pour y insérer cette même variation de l’ADN. Ce trait est transmis aux progénitures.

D’autres équipes de généticiens s’activent dans le monde pour tirer profit de cette technique d’édition.

Il est ainsi possible de produire uniquement des poules pondeuses pour doubler la production d’oeufs et éviter de tuer systématiquement les poussins mâles dans les élevages, une pratique cruelle.

Les chercheurs travaillent aussi à produire une sélection de volailles immunisées contre la grippe qui décime régulièrement les élevages et présentent un risque de transmission pour les humains comme la grippe espagnole responsable de 40 millions de morts en 1918.

L’édition génétique fait aussi des merveilles pour améliorer les cultures a jugé Dan Voytas, professeur de génétique et de biologie cellulaire à l’Université du Minnesota.

Il a utilisé le système d’édition devenu célèbre pour sa grande efficacité et sa simplicité, appelé « CRISP », pour améliorer des cultures de soja.

« Ce soja donne une huile plus saine avec un taux élevé de graisse non saturée… », a-t-il dit à la conférence de l’AAAS.

Tout en reconnaissant les avantages de cette technologie, Doug Gurian-Sherman, expert de pathologie des plantes à l’ONG Center for Food Safety, expliquait récemment que certaines applications pourraient présenter des risques.

Il a cité des recherches qui altèrent en éditant des gènes, la biologie des insectes et des graines pour supprimer la résistance aux insecticides et herbicides.

Selon lui, de telles mutations dans la nature peuvent potentiellement modifier génétiquement des groupes entiers d’animaux et de végétaux en peu d’années, déstabilisant la chaîne alimentaire et favorisant des invasions d’autres espèces.

« Je ne dis pas que l’édition génétique est foncièrement mauvaise et que ces cultures sont dangereuses, mais cette technique soulève des questions de sûreté qui devraient être évaluées », avait récemment déclaré au New York Times Michael Hansen, un responsable de scientifique de Consumers Union.

« Il n’est pas encore clair quel sera le cadre réglementaire pour ces produits alimentaires provenant d’animaux dont l’ADN aura été édité », a noté Alison Van Eenennaam.

La FDA a proposé en janvier avant l’arrivée de la nouvelle administration que les animaux affectés par cette technique soit soumis aux mêmes réglementations que celles s’appliquant aux médicaments vétérinaires.

© AFP

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