Obligations vertes: la France a levé 7 milliards d’euros

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Obligations vertes

La France a ouvert la voie mardi à la mise en place d’un véritable marché des emprunts d’État en faveur de l’environnement, en récoltant 7 milliards d’euros via une émission d' »obligations vertes » d’un montant inédit.
© AFP/Archives JOEL SAGET

Paris (AFP) – La France a ouvert la voie mardi à la mise en place d’un véritable marché des emprunts d’État en faveur de l’environnement, avec une émission d’obligations vertes pour 7 milliards d’euros, une première en terme de taille.

Il s’agit d’une opération « historique » pour le marché des obligations vertes ou « green bonds », a expliqué lors d’un point presse téléphonique Pierre Blandin, spécialiste des émissions d’organismes publics et supranationaux chez Crédit Agricole-CIB.

Les obligations vertes sont des titres de dettes dont le montant doit financer des investissements en faveur de la transition énergétique et écologique.

Cette initiative française avait été annoncée par le président de la République en avril 2016.

Elle est « remarquable à la fois par sa taille » avec 7 milliards d’euros levés et par sa durée, a expliqué M. Blandin, puisqu’elle est assortie d’une échéance de 22 ans, avec une date de remboursement fixée au 25 juin 2039.

C’est « un signal fort » envoyé sur un engagement de long terme, observe auprès de l’AFP Félix Orsini, responsable des émissions de dettes souveraines chez Société Générale-CIB.

« La France est apparue robuste sur la question de la lutte contre le changement climatique », a estimé devant la presse Ségolène Royal, ministre de l’environnement.

Jusqu’à présent, seules les entreprises, collectivités et institutions supranationales étaient actives dans ce domaine. La France vient donc « combler un manque », relève M. Orsini.

La Pologne a inauguré l’entrée en jeu des États sur ce marché avec une émission d’un montant plus modeste (750 millions d’euros) réalisée en décembre.

Mais de par sa taille et sa maturité, « la transaction qui marque l’entrée des États sur le marché des obligations vertes, c’est celle de la France », a souligné lors d’un point presse Anthony Requin, directeur général de l’Agence France Trésor.

Cette opération démontre que l’on « peut vouloir financer des dépenses vertes dans des conditions économiquement, budgétairement (…) tout a fait exemplaires », s’est félicité pour sa part le ministre de l’Économie Michel Sapin devant la presse. Le taux d’intérêt a été fixé à 1,75%, un taux comparable à celui d’emprunts « classiques » de même durée.

– Cette opération dépasse « nos ambitions » –

Cette opération dépasse « les ambitions que nous avions initialement », a ajouté M. Requin, indiquant qu’elle avait attiré plus de 23 milliards d’euros d’offres d’environ 200 investisseurs.

Une telle demande sort de l’ordinaire puisqu’habituellement, « plus les maturités sont longues, plus la demande est sélective », rappelle M. Orsini.

Parmi les investisseurs figurent notamment 33% de gestionnaires d’actifs et 21% de banques, la France en représentant par ailleurs 37%, suivie des Pays-Bas (19%) et du Royaume-Uni (18%), selon un communiqué de l’AFT.

« Nous avons tous les ingrédients pour que ce soit l’amorce d’un réel marché souverain » de la dette verte, constate pour sa part auprès de l’AFP Patrick Jacq, un stratégiste obligataire de BNP Paribas.

Les fonds levés serviront à financer des investissements dans quatre domaines, notamment via le Programme d’investissement d’avenir: la lutte et l’adaptation contre le réchauffement climatique, la protection de la biodiversité et la lutte contre la pollution.

En revanche, les énergies renouvelables (hors innovation) ne seront pas éligibles, étant donné l’existence d’autres moyens de soutien public.

Pour l’heure, environ 13 milliards d’euros de dépenses ont été identifiées cette année, a rappelé M. Requin.

L’AFT pourra abonder de nouveau cet emprunt en fonction de la demande, a rappelé lundi l’AFT.

L’opération française renforce en outre « la qualité de ce type d’obligations » puisque le pays propose de communiquer sur les impacts environnementaux des investissements et non pas uniquement sur l’utilisation des fonds, observe également M. Jacq.

De nombreuses banques ont aidé à placer cet emprunt auprès des investisseurs, dans le cadre d’une syndication.

Contrairement à une adjudication classique qui obéit à une forme de système d’enchères, l’emprunt syndiqué est plus souple et consiste à monter l’opération directement avec plusieurs banques en lien avec les investisseurs intéressés par les obligations émises. Les banques Barclays, BNP Paribas, Crédit Agricole CIB, Morgan Stanley, Natixis et SG CIB étaient chargées de l’opération.

© AFP

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