Entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande, une bataille pour le miel de Manuka

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Miel

Une abeille butine une fleur d’oranger à Netanya en Israël le 13 mars 2016.
© AFP/Archives JACK GUEZ

Sydney (AFP) – Qui a le droit d’utiliser le nom du miel de « Manuka » ? Qui produit le meilleur miel pour la santé ? Les apiculteurs néo-zélandais et australiens se livrent bataille pour ce nectar onéreux qui compte toujours plus d’adeptes dans le monde.

Depuis le début des années 2000, la popularité du miel de Manuka ne cesse de grandir. Des célébrités l’ont adopté, du joueur de tennis Novak Djokovic qui en prendrait deux cuillères tous les matins à la star de télé-réalité Kourtney Kardashian.

Le Leptospermum scoparium, ou Manuka, également appelé arbre à thé, est un arbuste qui pousse à l’état sauvage en Australie et en Nouvelle-Zélande. Son miel est connu pour avoir des vertus thérapeutiques uniques: il serait efficace contre des bactéries très résistantes, serait un bon anti-inflammatoire, accélèrerait la cicatrisation, etc.

Il se vend donc bien plus cher que du miel classique et se trouve aussi bien dans des épiceries que des magasins de souvenir ou des pharmacies. L’une d’elles à Sydney propose ainsi un pot de 250 grammes à 99,99 dollars australiens (70,40 euros).

Ce miel séduit principalement des consommateurs en Chine, mais aussi au Japon, en Allemagne, aux États-Unis, explique John Rawcliffe, porte-parole de l’association Unique Manuka Factor (UMF), qui fait la promotion du miel néo-zélandais.

Les ventes « continuent de croître. La demande est plus importante que l’offre », se félicite-t-il depuis Londres, où il est allé vanter les mérites du nectar « made in New Zealand ».

– Déposer la marque –

Les Néo-Zélandais ne sont pas pour autant prêts à partager le marché avec leurs voisins australiens et veulent que le terme Manuka soit réservé au miel produit dans leur pays. « Manuka est un mot maori (langue des autochtones de Nouvelle-Zélande). Il doit être respecté », juge John Rawcliffe. Il a entamé des démarches pour que la marque « Manuka » soit déposée.

John Rawcliffe prend l’exemple du Champagne et des fromages français: « Les Français nous ont appris à protéger les marques ».

Ce Néo-Zélandais craint que n’importe qui, dans un climat propice, plante des graines de Manuka et commence à fabriquer ce miel.

Il suggère aux Australiens de parler d' »arbre à thé, comme ils appelaient avant cet arbre ». « Les consommateurs pensent que le miel de Manuka vient de Nouvelle-Zélande. Il ne faut pas les tromper ».

Mais les apiculteurs australiens ne veulent pas renoncer au mot « Manuka ». Leur représentant, Trevor Weatherhead, directeur de l’Australian Honey Bee Industry Council, reconnaît que ce miel a d’abord été fabriqué en Nouvelle-Zélande. Mais « en 1900, on parlait déjà de Manuka ici, dans l’État du Victoria et en Tasmanie. Et nous avons des preuves! », répond-il.

« Nous avons exactement la même plante, alors pourquoi est-ce qu’on ne pourrait pas l’appeler Manuka? », critique-t-il. Si la requête des apiculteurs néo-zélandais est acceptée, Trevor Weatherhead promet de se battre avec des avocats.

Quid du goût ? Certains miels sont « très similaires » selon l’Australien. Mais pour John Rawcliffe, ils sont « significativement différents ».

Les apiculteurs australiens brandissent une étude publiée fin décembre, qui montre que leur miel est « au moins aussi puissant » contre les bactéries que celui de leurs voisins. Les Néo-Zélandais « disent que leur produit est supérieur, mais ce n’est pas vrai », critique Trevor Weatherhead. L’étude a été en partie financée par Capilano, le premier producteur de miel australien.

Quoiqu’il advienne, les deux pays sont optimistes pour l’avenir de leur miel.

En Nouvelle-Zélande, un programme de plantation d’arbres a été lancé, explique John Rawcliffe. Le secteur du miel de Manuka pesait 242 millions de dollars néo-zélandais (161,6 millions d’euros) en 2015 ; l’objectif fixé par le gouvernement est de 1,2 milliard (801 millions d’euros) d’ici à 2028.

Les apiculteurs australiens ont pour leur part les yeux tournés vers la Chine, où les droits de douane viennent de passer de 15% à 6% en vertu d’un accord de libre-échange.

© AFP

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