Qualité de l’air: encore beaucoup d’efforts pour sortir du brouillard

Publié le : Last updated:

qualité de l'air

Le ciel de Paris lors d’un épisode de pollution aux particules fines, le 29 décembre
© AFP/Archives LIONEL BONAVENTURE

 

Paris (AFP) – La pollution atmosphérique empire-t-elle? Où sont les avancées? Comment résoudre cette crise sanitaire? De grands progrès sont nécessaires si la France veut endiguer un fléau qui tue près de 50.000 personnes par an.

– La pollution empire-t-elle? –

Non, depuis 15 ans la situation tend globalement à s’améliorer, soulignent les bilans nationaux, alimentés par les organismes régionaux de mesure de la qualité de l’air.

En particulier, le dioxyde de soufre (SO2), issu de l’industrie, de la combustion du charbon et du pétrole, a vu ses émissions diminuer de 74% (et sa concentration dans l’air de 80%) de 2000 à 2015, selon la dernière synthèse publiée par le ministère de l’Environnement.

A l’origine de cette amélioration, de nouvelles réglementations sur les équipements et les contrôles, l’essor d’énergies renouvelables et des combustibles moins soufrés.

Les émissions de cadmium, liées à la combustion de pétrole et de charbon, à la sidérurgie ou à l’incinération d’ordures, ont aussi diminué de 80% depuis 2000.

Le plomb est un autre exemple encourageant, depuis l’apparition des carburants privés de ce composé des plus toxiques.

Pour autant, la marge de progrès reste immense, avec des polluants dont la médecine ne cesse de découvrir les impacts. Aussi les seuils d’alerte ont-ils été abaissés — donnant l’impression que les pics se multiplient.

– Quels polluants cibler? –

Oxydes d’azote et particules notamment sont dans la ligne de mire.

Les premiers, dont le dioxyde d’azote (NO2), très lié aux transports (diesel surtout), ont vu leurs émissions baisser de 47% en 15 ans (-30% pour leur concentration). Les pots catalytiques, le renouvellement du parc automobile, les normes d’émissions européennes sont à créditer.

Cela a permis de contrebalancer l’intensification du trafic, note le ministère.

Les particules, elles, ont vu leurs émanations réduites de 39% sur 15 ans, grâce à la fermeture de mines et de meilleures performances de dépoussiérage dans la sidérurgie.

Cependant ces poussières en suspension dépassent encore souvent les normes, qu’elles viennent de la combustion du bois, des carburants ou de l’agriculture (épandage d’engrais).

En 2012, les particules les plus fines et donc les plus redoutées (les PM 2,5) provenaient à 58% du trafic routier à Paris, rappelle l’Agence de l’environnement (Ademe).

Quant à l’ammoniac (NH3), issu de l’agriculture (élevage, fertilisants), il ne montre pas de signe de recul.

Même tendance pour l’ozone (O3), gaz corrosif qui naît, sous l’effet du soleil, de réactions entre polluants (transports, agriculture, industrie manufacturière…).

En outre, il faudrait surveiller les dernières technologies, comme les nanotechnologies, ou les nouveaux pesticides qui peuvent aussi générer des pollutions.

– Qui est affecté? –

L’impact sur la santé est multiple: asthme, allergies, affections respiratoires, ou même cancers du poumon et AVC (48.000 décès prématurés annuels, selon Santé publique France).

Début janvier, une étude canadienne relevait un risque accru de démences chez les personnes vivant près de grands axes routiers, désignant le NO2 et les particules.

Comme elles noircissent les immeubles, les particules pénètrent les poumons et le sang.

L’OMS a classé le diesel cancérogène certain, et les émissions des moteurs essence cancérogènes probables.

Enfin la pollution affecte le climat et l’environnement (acidification des eaux, des sols, rendements agricoles réduits…).

Et au final elle coûte au pays plus de 100 milliards d’euros annuels, selon un rapport sénatorial.

– Comment améliorer la situation? –

« Nous avons agi sur les grosses sources fixes, comme les industries. Aujourd’hui les sources sont multiples et diffuses », ce qui complique l’action, résume Nadia Herbelot, de l’Ademe.

« Il ne suffit pas que l’Etat agisse: il faut les collectivités, les entreprises, et tout un chacun ».

Concernant l’accès restreint aux villes, c’est « un outil nécessaire », a conclu un rapport de l’Ademe. A condition qu’il n’y ait pas trop de dérogations, et qu’il y ait des contrôles.

Par exemple, Cologne a vu son nombre de jours de dépassement de normes réduit de 17% la première année. Ailleurs la mesure a accéléré le renouvellement du parc auto.

Mais elle doit s’inscrire dans un plan général: transports en commun, soutien aux véhicules propres, accompagnement des agriculteurs, etc.

© AFP

Media Query: