Canada: feu vert à deux projets d’oléoducs, veto pour un troisième

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Manifestation à Washington contre la compagnie pétrolière canadienne Enbridge, le 25 août 2015
© AFP/Archives MOLLY RILEY

Ottawa (AFP) – Le gouvernement canadien a autorisé mardi la modernisation de deux oléoducs acheminant le pétrole d’Alberta vers la côte pacifique et les États-Unis pour augmenter la capacité à l’export de près d’un million de barils par jour, et rejeté un troisième projet pour protéger l’environnement.

Le Premier ministre Justin Trudeau a donné son feu vert à la société américaine Kinder Morgan pour le triplement de la capacité du pipeline Trans Mountain, entre l’Alberta, et la banlieue de Vancouver (Colombie-Britannique), ainsi qu’au quasi-doublement de la portion canadienne de l’oléoduc « Line 3 » exploité par Enbridge entre l’Alberta et l’État américain du Wisconsin (nord).

Cela revient à augmenter d’un quart le volume exportable de pétrole des sables bitumineux, avec des capacités actuelles de près de 4 millions de barils par jour (bpj).

Immédiatement, l’opposition de gauche (NPD) et les groupes écologistes ont accusé M. Trudeau de renier ses engagements pris avec la ratification de l’accord de Paris sur le climat, il y a un peu plus d’un mois. Le Canada promet de réduire de 80% ses émissions de gaz à effets de serre (GES) d’ici 2050 par rapport au niveau de 2005.

« Aujourd’hui, les oléoducs du Canada sont utilisés à pleine capacité. Cela veut dire que si la production augmente de façon significative, nous serons forcés de trouver d’autres moyens d’acheminer le pétrole (qui) sont moins sûrs que les oléoducs », a plaidé en conférence de presse M. Trudeau, citant l’exemple du transport ferroviaire.

La capacité de l’oléoduc Trans Mountain va ainsi être portée de 300.000 à 890.000 bpj, et celle de Line 3 de 390.000 à 760.000 bpj, car justement, « la production de sables bitumineux va augmenter dans les prochaines années », a-t-il souligné.

En revanche, Justin Trudeau a mis son veto au projet Northern Gateway de la société Enbridge, en invoquant la protection de l’environnement et la forêt humide de la Colombie-Britannique.

Cet oléoduc de 1.200 km aurait traversé le parc naturel protégé de la forêt pluviale du Grand Ours. Or, « ce n’est pas l’endroit approprié pour un oléoduc, tout comme le chenal de Douglas n’est pas un endroit approprié pour le trafic de pétroliers », a insisté le Premier ministre à propos de cette zone reculée et préservée du nord de la Colombie-Britannique.

En permettant le triplement de Trans Mountain, M. Trudeau va à l’encontre de la ville de Vancouver qui s’y était résolument opposée, tandis que la province de Colombie-Britannique avait donné son accord conditionnel.

« Si je pensais que ce projet était dangereux pour le littoral de Colombie-Britannique je l’aurais rejeté », a-t-il assuré en rappelant que cette approbation est assortie de 157 conditions.

En outre, M. Trudeau a expliqué que les deux feux verts accordés avaient été possibles grâce à la mise en place dès 2018 d’une taxe carbone qui doit atteindre 50 dollars canadiens la tonne en 2022.

Des rapports du ministère fédéral de l’Environnement ont évalué récemment que ces deux nouveaux projets approuvés représenteraient en tout une hausse annuelle des émissions canadiennes de GES de l’ordre de 23 à 28 millions de tonnes.

Selon Greenpeace, cela revient donc « à éliminer les réductions d’émissions promises » avec la taxe carbone et la fermeture des centrales au charbon d’ici 2030, annoncée la semaine dernière.

« Qu’il s’agisse de recours légaux, de manifestations ou d’actions directes pacifiques, nous nous assurerons que les promesses que nos gouvernements sont en train de renier soient respectées », a averti Patrick Bonin, porte-parole de Greenpeace. « Les tranchées de ces pipelines ne seront jamais creusées », a-t-il promis.

La fondation environnementale David Suzuki a déploré que le gouvernement continue « de soutenir les projets d’infrastructures dépassées qui nous enfermeront pendant des années encore dans la spirale climato-destructrice des énergies fossiles ».

© AFP

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