Circulation: des radars pour éviter les collisions avec le gibier

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De nombreuses collisions ont lieu chaque année entre des animaux et des véhicules
© AFP/Archives JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN

Paris (AFP) – Détecter des animaux s’approchant d’une route et prévenir les conducteurs via un panneau lumineux: ce type de dispositif a été installé en Isère afin de réduire les collisions avec le gros gibier, un enjeu mêlant sécurité routière, dommages matériels et biodiversité.

Cette problématique, qui existe dans de nombreux pays, a été abordé à la conférence internationale sur l’intégration dans l’environnement des infrastructures de transports (IENE, Infra eco network Europe) organisée de mardi à jeudi à Lyon.

« Le problème se pose en Thaïlande avec les tigres, en Suède avec les élans, en France avec les sangliers ou en Australie avec les kangourous », souligne Yannick Autret du ministère de l’Environnement, responsable du programme de la conférence.

« Il existe aussi en Afrique, où souvent les infrastructures se développent dans des endroits où il y encore une faune très riche », fait remarquer le spécialiste.

En France, « il y a de plus en plus de collisions car depuis 20 ans il y a une augmentation de la circulation et de la population de grand gibier », explique à l’AFP Sylvie Vanpeene, chercheuse à l’Irstea (Institut de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture).

Quelque 70.000 collisions importantes avec du gros gibier (essentiellement cerfs, chevreuils et sangliers) ont été recensées en 2010, indique la chercheuse. « Depuis 2010, le fonds de garantie des assurances ne prend plus en charge les dégâts causés par ces collisions et nous n’avons plus de données globales », précise-t-elle.

Les accidents ont surtout lieu sur le réseau routier secondaire, les autoroutes étant quasiment toutes grillagées, au détriment d’ailleurs du déplacement des animaux.

L’Isère, qui travaillait justement sur son réseau écologique dans les années 2000, s’est lancée en 2010 dans la mise en place de détecteurs de faune grâce à un programme européen (« Couloirs de vie »).

« L’expérience en Isère a été une première en France, mais les détecteurs de faune avaient déjà été utilisés notamment en Suisse, aux Pays-Bas, aux Etats-Unis », explique Sylvie Vanpeene.

Anne-Sophie Croyal, responsable des continuités écologiques, explique que le département a voulu « agir dans les massifs de Belledonne et de la Chartreuse où il y avait une mortalité d’animaux importante ».

Il a d’abord fallu repérer les lieux récurrents de traversée d’axes routiers par le gros gibier, un exercice réalisé avec la fédération des chasseurs.

Six « corridors » majeurs ont été identifiés. Puis le dispositif de détection a été installé sur sept points noirs.

A chaque fois, entre 4 et 8 poteaux sont positionnés de par et d’autre de la route et sont surmontés d’un détecteur thermique (ce peut aussi être un radar). Une portion de 1 à 2 km de route est ainsi surveillée.

« Si un animal est repéré, cela allume deux panneaux routiers situés quelque 150 mètres en amont: l’un signalant le passage de faune, l’autre indiquant une réduction de la vitesse autorisée », explique Anne-Sophie Croyal.

« Contrairement à des panneaux statiques auxquels les conducteurs s’habituent, ces affichages lumineux dynamiques permettent de modifier le comportement des conducteurs », affirme Yannick Autret.

En Isère, sur les sept dispositifs, 3.700 détections d’animaux ont été enregistrées entre mars 2013 et mars 2014 et 2.800 traversées constatées par des caméras.

Même si des données précises manquent pour comparer la fréquence des chocs avant et après, l’expérience a été jugée positive. Un seul site a fait l’objet d’observations régulières et, selon une estimation, le nombre d’accidents est passé d’une trentaine à moins de cinq.

Du coup, l’Isère a pour projet d’équiper quatre nouveaux sites. D’autres départements – la Savoie, la Haute-Savoie, la Seine-et-Marne – se sont montrés intéressés.

« Les détecteurs de faune vont se développer », pense Yannick Autret, même si « la baisse des dotations aux départements complique les investissements dans le réseau routier ».

« Il faut que ces dispositifs soient plus connus », souhaite Sylvie Vanpeene, et « ils seront toujours beaucoup moins chers que des ouvrages de génie civil », tels que les écoponts.

© AFP

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