De nombreuses bases militaires des Etats-Unis menacées par la hausse des océans

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Le destroyer américain USS Stethem à Singapour, le 19 juillet 2016 © AFP/Archives ROSLAN RAHMAN

Washington (AFP) – Une grande partie des bases militaires aux Etats-Unis se trouvant le long de la côte Atlantique et dans le Golfe du Mexique sont sérieusement menacées dans les prochaines décennies par la montée des océans résultant du changement climatique.

« Nous sommes au commencement des changements qui vont se produire et affecter des installations militaires, dont certaines sont déjà inondées pendant les très grandes marées », observe Erika Spanger-Siegfried, une scientifique du programme sur l’énergie et le climat de l’ONG « Union of Concerned Scientists » (UCS).

Les experts de l’ONG, dont le rapport est publié mercredi, ont étudié 18 installations militaires représentatives de plus de 120 bases côtières dans l’ensemble du pays pour évaluer l’impact du changement climatique –qui intensifie l’ampleur des ouragans et des inondations côtières– sur leur fonctionnement au cours des prochaines décennies.

« D’ici 2050, la plupart de ces bases verront le nombre d’inondations plus que décupler par rapport à aujourd’hui », affirme Kristy Dahl, scientifique de l’UCS et co-auteur du rapport intitulé « Les militaires américains sur la ligne de front de la montée des océans ».

A cet horizon, la moitié de ces installations pourraient subir 270 inondations ou plus par an contre seulement dix aujourd’hui, selon l’un des scénarios de montée des océans. D’ici 2070, le nombre pourrait passer à 520 inondations annuelles, voire davantage.

Selon les scientifiques, les ouragans de catégorie 1 (vents de 117 à 153 km/h) produiront alors des vagues de même ampleur que des ouragans de catégorie 2 aujourd’hui, à cause de la hausse du niveau de la mer.

Du fait d’une accélération de cet accroissement dans la seconde moitié du 21e siècle, les crues dues aux marées pourraient être quasi quotidiennes pour certaines bases, rendant inutilisables des terrains d’entraînement des troupes et d’essais de matériels.

Quatre bases –dont la station de l’aéronavale à Key West en Floride et le centre de recrutement des Marines en Caroline du Sud– pourraient perdre de 75 à 95% de leur terrain d’ici la fin du siècle, selon les projections.

Scénario plus extrême

Les débordements de l’océan ne se limiteront pas à l’enceinte des installations militaires mais toucheront aussi les zones habitées environnantes, relèvent les scientifiques.

Le rapport souligne que le Pentagone reconnaît déjà la gravité de la menace du changement climatique pour les bases militaires, insiste sur la nécessité d’accroitre les ressources et de mettre en place  davantage de systèmes de surveillance pour s’y préparer.

« Le Pentagone sait qu’il y a un problème et certaines bases s’efforcent déjà de réduire leur vulnérabilité », relève Erika Spanger-Siegfried. Mais « il y a un grand fossé entre ce qui est fait et ce qui devrait être fait ».

Selon elle, cette situation est aggravée par le refus du Congrès d’octroyer les fonds requis par le ministère de la Défense.

En juin, la commission des attributions budgétaires de la Chambre des représentants à majorité républicaine, a adopté un amendement bloquant les fonds du Pentagone destinés à la mise en oeuvre de sa stratégie d’adaptation au changement climatique, pointe le rapport.

Selon de récentes études, le pire scénario d’élévation des océans devient plus plausible avec l’accélération de la fonte des glaces arctiques.

Désormais, leur superficie au plus chaud de l’été, quand la fonte est la plus forte, est 40% moindre qu’à la fin des années 1970. Depuis le début des années 1980, la banquise se réduit à un rythme de 13,4% par décennie alors que le réchauffement s’intensifie.

Et 2016 est en passe d’être l’année la plus chaude depuis le début des relevés de températures en 1880, selon la Nasa, surpassant le record de 2015.

Il s’agira de la troisième année d’affilée de record du mercure.

© AFP

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