Centrale nucléaire d’EDF à Hinkley Point: un conseil d’administration sous tension jeudi

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Le conseil d’administration d’EDF statuera jeudi sur le projet de l’électricien de construire une centrale nucléaire à Hinkley Point (Angleterre)
© AFP/Archives NICOLAS TUCAT

Paris (AFP) – Le conseil d’administration d’EDF statuera jeudi sur le projet de l’électricien de construire une centrale nucléaire à Hinkley Point, en Angleterre, un chantier de 18 milliards de livres (21,5 milliards d’euros) farouchement combattu par les syndicats.

Qu’est-ce que le projet Hinkley Point? 

EDF et son partenaire chinois CGN, qui assure un tiers du financement, comptent construire deux réacteurs de type EPR pour une mise en service en 2025.

Officialisé en 2013 entre le gouvernement britannique et EDF, le projet bénéficiera d’un prix garanti de 92,5 livres (environ 110 euros) par mégawattheure produit durant 35 ans, à travers un mécanisme appelé « contrat pour différence ». Le taux de rentabilité est estimé à environ 9%, mais serait amputé de 0,2% par semestre de retard.

Qu’est-ce qui bloque? 

Les conditions du projet ont changé depuis 2013: Areva, concepteur de l’EPR, a renoncé à sa participation de 10% en raison de sa déroute financière, obligeant EDF à consolider le gigantesque investissement dans ses comptes.

L’endettement du groupe – 37,4 milliards d’euros fin 2015 – s’en trouvera considérablement alourdi alors qu’il est déjà confronté à un mur d’investissements, comme la rénovation du parc nucléaire français et le rachat de l’activité réacteurs d’Areva, dans un marché énergétique fortement dégradé.

Craignant pour la viabilité d’EDF, les syndicats CGT, FO, CFE-CGC plaident pour un report de deux ou trois ans, bien qu’EDF ait annoncé une série de mesures pour renforcer sa situation financière, dont un projet d’augmentation de capital d’environ 4 milliards d’euros.

Les risques industriels inquiètent aussi, les délais et les coûts ayant dérapé sur les chantiers d’EPR à Flamanville (Manche) et en Finlande.

Des désaccords au sein même de la direction sur la faisabilité à court terme d’Hinkley Point avaient conduit le directeur financier, Thomas Piquemal, à démissionner début mars. « La situation est extrêmement tendue dans l’entreprise, le PDG est plus que jamais isolé des cadres dirigeants et des syndicats », selon une source syndicale.

Que pensent Paris et Londres? 

Comme EDF, dont il détient près de 85%, l’Etat français estime qu’Hinkley Point est incontournable pour assurer la crédibilité de la filière nucléaire française, en pleine refonte, et ses 220.000 emplois.

Les syndicats et le gouvernement britanniques le défendent également, malgré la sortie annoncée du Royaume-Uni de l’UE: les deux réacteurs de plus de 1.650 mégawatts chacun couvriraient jusqu’à 7% de la demande nationale d’électricité, tout en aidant Londres à réduire ses émissions de CO2.

Mais des critiques s’élèvent aussi outre-Manche. Selon un rapport du National Audit Office, équivalent de la Cour des comptes française, les coûts potentiels ont significativement augmenté pour le contribuable britannique: la subvention qu’il devra financer sur la durée du contrat pour différence est désormais estimée à 29,7 milliards de livres, contre 6,1 milliards en 2013, la chute des prix de marché ayant accentué l’écart avec le prix garanti à EDF.

Que doit décider le conseil d’administration?  

L’instance de 18 administrateurs devra dire si elle mandate le PDG, Jean-Bernard Lévy, pour signer la décision finale d’investissement, qui marque le lancement effectif du projet. Un feu vert requiert la majorité des votants, mais Jean-Bernard Lévy dispose d’une voix prépondérante en cas d’égalité.

« Il est évident que les six représentants des salariés voteront contre, les représentants de l’Etat voteront vraisemblablement pour. L’incertitude porte sur les administrateurs indépendants », explique un administrateur à l’AFP.

Quelles incertitudes pèsent sur le projet?

Des procédures judiciaires pourraient fragiliser un éventuel feu vert du conseil d’administration.

Le comité central d’entreprise a assigné EDF en référé pour obtenir des informations supplémentaires sur le projet et pouvoir rendre « valablement » un avis. Une audience est fixée au 22 septembre.

Faute d’avoir obtenu le retrait du dossier de l’ordre du jour du conseil, le CCE a par ailleurs demandé à la justice d’ordonner « la suspension de tous les effets des délibérations qui seraient prises par le conseil ». Le référé sera examiné le 2 août.

De son côté, l’association EDF actionnariat salarié (EAS) dénonce « une confusion permanente entre des intérêts distincts » (ceux d’EDF, de l’Etat français, d’Areva et de la filière nucléaire française) et des « conflits d’intérêts avérés ou potentiels » chez certains administrateurs.

L’Autorité des marchés financiers enquête elle sur les informations financières communiquées par EDF au marché depuis 2013, notamment sur Hinkley Point.

© AFP

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