La mangrove, un piège à carbone aux potentiels encore méconnus

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Mangrove dans la baie d’Ulugan à Puerto Princesa, sur l’île de Palawan aux Philippines © AFP/Archives TED ALJIBE

Nouméa (AFP) – Ecosystème peu étudié, la mangrove fait l’objet pour la première fois d’un vaste programme de recherche, initié depuis la Nouvelle-Calédonie, sur ses capacités à piéger les gaz à effet de serre.

« Dès le début de ma carrière, j’ai constaté que la mangrove était un sujet un peu délaissé alors que la France est en terme de superficie le deuxième pays le plus riche au monde en mangrove grâce à ses territoires ultramarins », explique Cyril Marchand, docteur en géochimie en poste à l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement).

Depuis 2012, il pilote l’Observatoire international des mangroves qui s’est fixé pour mission de mieux connaître l’évolution du rôle de cet écosystème forestier dans le cycle du carbone, en relation avec le changement climatique.

Enchevêtrement de palétuviers présent sur près des trois quarts des côtes tropicales, la mangrove joue de multiples rôles. Nurserie pour les poissons, elle constitue un garde-manger et une source de revenus pour les habitants, qui utilisent aussi son bois pour les constructions de bateaux ou d’habitat.

La mangrove est également un rempart efficace contre l’érosion, les cyclones ou les tsunamis. Enfin, cette forêt aux racines arachnéennes a suscité nombre de mythes et légendes dans les sociétés traditionnelles.

« Nous avons défini trois sites d’observation : un en Nouvelle-Zélande au nord d’Auckland au climat tempéré, un à Voh en Nouvelle-Calédonie sur la côte ouest où le climat est semi-aride et un au Vietnam, au sud de Saïgon dans un climat tropical humide », indique le chercheur.

Au Vietnam, une soixantaine d’espèces de palétuviers est étudiée, contre 25 en Nouvelle-Calédonie et une seule en Nouvelle-Zélande.

Chaque site fait l’objet de relevés réguliers mesurant les échanges de CO2 entre l’atmosphère et la mangrove.

« On sait d’une manière générale que l’augmentation de la concentration en CO2 devrait stimuler la photosynthèse et par conséquent la capacité de stockage des écosystèmes », poursuit M. Marchand.

Les données recueillies ont permis de déterminer que la surface sédimentaire de la mangrove, constituée de micro-organismes végétaux, avait une capacité à séquestrer le carbone de 10 à 100 fois supérieures, à celle des palétuviers.

Avec le réchauffement et la hausse du niveau de la mer, la mangrove gagne de l’espace sur les terres, risquant par endroits de devoir cohabiter avec des zones urbanisées.

Simuler le futur

Parallèlement, une étude comparative est menée dans des serres dans la commune du Mont-Dore, en périphérie de Nouméa.

« Nous avons des plants témoins dans les conditions actuelles et d’autres pour lesquels on a simulé les prévisions pour la fin du siècle. La concentration en CO2 a été multipliée par deux et le niveau de l’eau a été augmenté », explique le chercheur.

Cette expérimentation n’est en cours que depuis deux mois mais déjà une croissance plus rapide des arbres en conditions simulées a été observée.

Au début du mois, l’Observatoire de la mangrove du Mont-Dore a été lauréat de la palme Ifrecor (Initiative française pour les récifs coralliens), remise par la ministre des Outre-mer, George Pau-Langevin et l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

« La mairie a mis à disposition le foncier et a affecté à ce projet une subvention de 142.000 euros que nous octroie un groupe minier. Avec la forêt sèche, la mangrove fait partie des environnements en péril en Calédonie », a déclaré Eddy Lecourieux, premier adjoint au Mont-Dore.

Situé dans l’enceinte d’une Maison pédagogique de l’Environnement, l’Observatoire est également un centre de formation, qui accueille des doctorants français et étrangers.

© AFP

En savoir plus :

>> http://www.goodplanet.org/60solutions/nourrir-le-monde/mangroves/

>> http://www.goodplanet.org/time-for-the-planet-lancement-officiel-des-projets-en-indonesie/

 

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