Avec les inondations, la pollution va progresser

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Une rue d’Elbeuf inondée par la crue de la Seine, le 5 juin 2016 © AFP JEAN-FRANCOIS MONIER

Paris (AFP) – Bric-à-brac flottant, fuites d’huiles usagées ou d’hydrocarbures, sédiments contaminés… les inondations devraient entraîner davantage de pollution, dont le niveau reste encore à évaluer.

Quels sont les types de pollutions constatées à ce stade?

Les gros rejets de nature industrielle ont été évités car « les événements ont été bien anticipés », notamment du côté des sites Seveso, se félicite Marc Mortureux, à la tête de la Direction de la prévention des risques (DGPR) au ministère de l’Environnement.

Ainsi telle usine de vitro-céramique utilisant de l’arsenic pour fabriquer ses verres a pu mettre ses fûts à l’abri: « Il n’y a aucun souci, ça a été parfaitement mis en sécurité. »

L’essentiel des fuites d’hydrocarbures est venu, par exemple à Nemours, de débordement de cuves de particuliers ou de stations-service, et les fuites d’huiles de garages inondés, ajoute M. Mortureux.

Autre source d’effluents, les stations d’épuration qui ne sont plus en état de fonctionner.

Aussi très surveillé, dans l’Essonne, l’ancien site industriel Rodanet, qui abrite des déchets pouvant polluer la rivière, et affecter le captage d’eau potable.

La ministre de l’environnement Ségolène Royal, qui craint, « avec le ruissellement de l’eau, des pollutions de toute nature », a demandé un état des lieux des pollutions aux agences de l’eau.

Quelles sont les grandes inconnues?

Parmi les phénomènes à surveiller, le déplacement de polluants qui tendent à s’accrocher sur les sédiments charriés par les courants.

Notamment les métaux lourds, les PCB ou certains hydrocarbures, déposés au cours du temps sur les sols avant de se retrouver dans l’eau à la faveur d’une inondation, explique Marina Coquery, chimiste de l’environnement à l’institut de recherche Irstea.

Où sont-ils transportés? « Quand le courant diminue, les particules les plus lourdes se déposent sur les bords du fleuve ou au fond. Les plus fines continuent à couler avec le fleuve. Et on va en retrouver vers l’aval, probablement d’ici quelque temps dans l’estuaire de la Seine. »

« La baie de Seine, toute la région du Havre, est très affectée », dit le biologiste Gilles Boeuf. « Vous avez une arrivée d’eau douce massive, et puis toutes les saletés que l’humain a accumulées qui débarquent brutalement dans une zone particulière, et cela affecte le milieu marin. »

Y a-t-il menace sur l’eau potable?

Les pouvoirs publics se veulent rassurants: « Les sources d’eau potable sont surveillées de près en permanence. Simplement il faut être vigilant. »

A Paris, la situation « n’affecte pas l’approvisionnement en eau potable », souligne Eau de Paris.

Dans la capitale, 50% de l’eau vient de sources souterraines situées à plus de 100 km et filtrées par le sol; 25% de la Marne. Et « il n’y a eu aucun problème pour traiter » les 25% restant issus de la Seine, souligne Célia Blauel, adjointe chargée de l’environnement.

Quant à l’eau du fleuve, elle devrait retrouver son état pré-crue d’ici 3 à 4 semaines, espère l’élue, qui relève que l’événement ne bouleverse en rien le projet visant à y permettre la baignade dès 2024.

Comment agir contre ces pollutions?

« Il va falloir mener assez vite toutes les opérations de nettoyage, car les inondations draguent beaucoup de choses, y compris de la matière organique », prévient M. Mortureux.

Et une fois ce nettoyage général engagé, ne pas laisser les déchets s’accumuler.

« On n’est pas dans une situation qui nous paraît anormale au regard de l’ampleur des inondations, mais on est attentif à ce que la phase nouvelle se traduise par les bons réflexes », ajoute-t-il.

Mais Yves Madeline, président du Groupement d’intervention post-catastrophe (Geide, industriels du traitement des déchets), ne décolère pas contre l' »inertie » des pouvoirs publics face aux recommandations des professionnels: « On avait préconisé de rendre obligatoire l’amarrage des cuves dans les caves en zone inondable! »

Traiter l’eau polluée, « c’est très difficile », dit-il: « L’eau peut être récupérée, notamment celle avec du fioul. Mais il y a tellement de m3 que l’essentiel s’en va et retourne à la Seine, au Loiret et à la mer. »

© AFP

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