Le sommeil, besoin fondamental et enjeu de santé publique

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Un travailleur endormi sur un banc de métro, au Japon, le 22 mai 2015 © AFP PHOTO / YOSHIKAZU TSUNO

Nos modes de vie et la course à la performance menacent notre sommeil et par extension notre santé. Ce sont les conclusions du rapport de la fondation Terra Nova, publié le 25 avril et qui dénonce l’ « économie de l’attention » dans la sphère professionnelle mais aussi privée. Contacté par téléphone, Dalibor Frioux, coauteur de l’étude, explique : « l’économie de l’attention, c’est le fait de mesurer, optimiser et vendre une attention quelconque. C’est tout un business autour de notre capacité à être distrait. Une technique utilisée par les publicitaires, mais aussi par des sociétés comme Google, Facebook pour capter perpétuellement notre attention et cela nous empêche le repos. La fatigue fait le profit de tous les vendeurs de publicité ». Un enjeu politique, puisqu’un sommeil perturbé ou insuffisant peut être vecteur d’obésité, de risques cardio-vasculaires, de troubles d’apprentissage, mais aussi d’accidents de la route ou de dépressions.

62 % des Français disent souffrir d’un trouble du sommeil, tel que l’insomnie ou la difficulté à s’endormir. Comment notre capacité à se reposer est-elle menacée ? « Nous vivons une ère d’injonction à l’efficacité qui a envahi toutes les sphères de nos vies et qui nous met en compétition avec nous-mêmes et les autres en permanence. Dans ces conditions, le sommeil n’est pas valorisé », indique Dalibor Frioux.

Autres facteurs avancés : l’urbanisation galopante, qui joue « un rôle clé dans l’augmentation de ces troubles, puisque la ville dévore le jour et la nuit. Elle est constamment éclairée, bruyante, on n’y voit plus ni le soleil, ni les étoiles ». « Symptôme de cette évolution, le tourisme nocturne, qui devient un véritable créneau de croissance pour les villes », précise l’auteur de l’étude. Sans oublier une certaine indifférence des politiques : « le bien-être est difficilement mesurable, il ne peut pas figurer dans un bilan électoral, donc il n’est pas investi en priorité par le politique, contrairement à la croissance ou à la criminalité. »

Par ailleurs, la réponse principale à ces troubles accentue les symptômes : les médicaments que nous prenons pour dormir dérèglent à long terme nos cycles de repos. Les Français sont parmi les plus gros consommateurs de ces produits, avec 131 millions de boîtes vendues en 2013.

Ordinateurs, téléphones portables, tablettes… Les enfants et adolescents ne sont pas épargnés par les troubles du sommeil. Ces appareils électroniques décalent leurs cycles de repos. « Enormément d’adolescents ne peuvent déjà plus se concentrer à 9h du matin car ils sont épuisés », dénonce Dalibor Frioux.

Alors quelles solutions ? Le rapport propose quelques pistes pour répondre à cet « enjeu de santé publique », telles qu’encourager la sieste à l’école, prendre en compte les temps de transport dans la fixation de la première heure de cours quotidienne ou encore introduire des repères de sommeil dans les carnets de santé pour les enfants.

Plus généralement, l’étude préconise de mieux former les spécialistes à l’importance du sommeil, sensibiliser les populations, mettre en place des actions contre l’éclairage et le bruit nocturne… Au travail, mettre en place des « salles de sieste » ou des « périodes d’activité calme ». L’objectif de ces mesures est d’inviter « à retrouver les conditions de possibilités d’un bon sommeil pour chacun », afin de le considérer comme ce qu’il est : « un besoin fondamental » et non un « obstacle à la création de richesse économique ».

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