Ramon Navarro, surfeur pro et gardien de l’océan

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Le surfeur chilien Ramon Navarro se dirige vers Punta Lobos, à Pichilemu, le 16 mars 2016 au Chili © AFP/Archives Martin BERNETTI

Punta de Lobos (Chili) (AFP) – La mer lui a donné des victoires et a nourri sa famille. A 37 ans, Ramon Navarro, fils de pêcheurs devenu le premier Chilien surfeur professionnel, n’a plus qu’un objectif : préserver le littoral de son pays des affres de la modernité.

Il a grandi à Punta de Lobos, une plage située à 220 kms au sud de Santiago, sur une côte encore assez sauvage et rocailleuse, parfois hérissée de hauts cactus.

Ce « spot » de surf, prisé pour ses vagues régulières, héberge aussi des lions de mer, des tortues marines et des colonies d’oiseaux.

« Au Chili, on dit que la mer est à tous les Chiliens mais c’est très loin d’être vrai », confie cet homme sec, au visage mat et buriné par les éléments.

Sur la côte de son enfance, il a vu les constructions de maisons ou d’hôtels se multiplier ces dernières années. Grâce à son pêcheur de père, il a découvert les difficultés d’accès à la mer que cette privatisation du littoral entraîne, avec des détours de plusieurs kilomètres parfois pour ceux souhaitant en profiter.

Pour combattre cet ennemi invisible, Ramon Navarro a lancé une campagne de solidarité sur internet, baptisée « Lobos por siempre » (Loups pour toujours). Plus de 270.000 dollars ont déjà été récoltés via le site lobosporsiempre.org.

« Ma vision de la mer ne consiste pas juste à entrer et prendre une vague. Je cherche à comprendre d’où est née cette vague et à expliquer que si nous prenons soin de cet endroit, cette vague peut avoir un potentiel économique pour la région, la ville et les pêcheurs », explique ce père de famille.

‘Abattre des murailles’

Cet ancien numéro 3 du « Big wave tour », compétition qui parcourt les plus grandes vagues de la planète, est un habitué des défis. Actuel 12e du classement, il a surfé en 2014 les vagues glacées de l’Antarctique pour le compte de son sponsor, la marque de boissons énergétiques Red Bull.

« J’ai eu beaucoup de mal à convaincre ma famille que l’on pouvait vivre du surf. Selon la croyance locale, les surfeurs étaient des étrangers riches avec une planche, qui passaient leur temps à faire la fête et à se droguer », confie-t-il.

Pour devenir un professionnel de la glisse, il lui a fallu « abattre beaucoup de murailles ».

Dans sa bataille environnementale, Ramon Navarro peut compter sur le soutien de Save the waves coalition, une ONG qui protège les zones de surf et a lancé en 2009 un programme de « réserves mondiales de surf ».

Punta de Lobos, qui figure au calendrier du « Big wave tour » 2016, a rejoint cette catégorie en 2014. Ramon Navarro se bat pour faire respecter ce statut de réserve même si celui-ci n’engage ni son pays ni les autorités locales, qui, faute de moyens, se disent impuissantes.

Ce gardien de l’océan a remporté une première victoire : les deux hectares et demi qui forment la pointe rocheuse de Punta de Lobos, sur le Pacifique, ont été acquises par un particulier. Il s’est engagé à les céder prochainement à la fondation de Ramon Navarro.

Reboiser le site et le transformer en parc naturel est un des premiers objectifs.

Ensuite viendront les prochains défis : acquérir de nouveaux terrains et faire en sorte qu’une loi de protection du littoral voie enfin le jour au Chili.

© AFP

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