La France va interdire tout commerce d’ivoire sur le territoire français

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Des défenses en ivoire d’éléphant et des cornes de rhinocéros sont brûlées par les autorités au parc national de Nairobi, le 30 avril 2016, au Kenya
© AFP Tony KARUMBA

Paris (AFP) – Il ne sera bientôt plus possible de revendre ou d’acheter de l’ivoire en France, sauf dérogation exceptionnelle, une première dans un pays d’Europe selon le gouvernement et les ONG, initiative qui répond à une demande des Etats africains pour lutter contre le braconnage des éléphants.

La ministre de l’Ecologie Ségolène Royal a annoncé samedi l’interdiction de « tout commerce d’ivoire sur le territoire », en marge d’une grande cérémonie de destruction d’ivoire organisée à Nairobi par le président kényan Uhuru Kenyatta, aux côtés des présidents du Gabon et d’Ouganda.

Lors de cette cérémonie destinée à promouvoir la lutte contre le braconnage et l’interdiction totale du commerce de l’ivoire, 105 tonnes d’ivoire ont été détruites, la plus grande quantité d' »or blanc » jamais incinérée en une fois, représentant environ 5% du stock mondial d’ivoire vont ainsi partir en fumée.

Ségolène Royal a également indiqué qu’elle comptait porter cette mesure au niveau européen.

L’ONG Robin des Bois, en pointe dans le suivi du commerce illégal d’espèces, a salué cette annonce qui « est en convergence avec la position des Etats africains, des Etats-Unis et de nombreuses ONG à travers le monde », selon un communiqué.

« C’est une première au niveau européen », a indiqué à l’AFP Charlotte Nithart, porte-parole de l’ONG, rappelant que c’était la survie d' »un patrimoine mondial de l’humanité » qui était en jeu, les 450.000 à 500.000 éléphants d’Afrique.

Le commerce d’ivoire est strictement encadré depuis 1990. Il est limité aux pièces datant d’avant 1947 et considérées comme des antiquités, ou à des pièces et morceaux bruts entrés dans l’Union européenne avant 1990.

Pour pouvoir faire commerce de ces pièces, les vendeurs doivent produire un certificat intra-communautaire, délivré par l’Etat, prouvant que l’ivoire est entré légalement sur le territoire et qu’il répond aux critères d’ancienneté.

‘Une tonne d’ivoire vendue par mois’

« En fonction des pays, la délivrance de certificats est plus ou moins facile à obtenir. Les autorités britanniques sont déjà très restrictives même si elles n’ont pas inscrit l’interdiction dans leur loi », explique Charlotte Nithart.

« Si la France ne délivre plus de certificats, cela va progressivement assécher le marché », estime-t-elle. Selon les estimations de l’ONG, une tonne d’ivoire (brut ou sur des objets) est vendue par mois en France.

« Cela facilitera le travail des Douanes de savoir que plus aucun certificat français n’est délivré » car de nombreux faux certificats sont en circulation et servent de couverture au commerce illégal, explique-t-elle.

L’interdiction concernera principalement les ventes aux enchères, dont certaines sont spécialisées dans l’ivoire comme Cannes Enchères qui « aujourd’hui même proposait à la vente plusieurs défenses d’éléphant », selon Robin des Bois.

Les dérogations à cette interdiction, qui devrait être signée « lundi ou mardi » selon le ministère, devraient concerner principalement les rénovations d’œuvres d’art ou d’instruments de musique.

Robin des Bois se préoccupe désormais des modalités pratiques de cette interdiction qui doivent être « rapidement définies et appliquées ».

La France avait déjà pris une série de mesures l’an dernier pour lutter contre le commerce illégal d’ivoire, en interdisant notamment les exportations d’ivoire brut à l’instar de l’Allemagne et du Royaume-Uni.

La loi sur la biodiversité a en outre renforcé les sanctions contre les trafiquants d’espèces menacées, les amendes en cas d’infractions simples passant de 15.000 à 150.000 euros et allant jusqu’à 750.000 euros en cas de trafic en bande organisée.

L’interdiction définitive du commerce de l’ivoire dans le monde sera à l’ordre du jour de la prochaine convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction, qui doit se tenir à Johannesburg du 24 septembre au 5 octobre 2016.

© AFP

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