Espagne: la filière des énergies renouvelables saisie d’une fièvre acheteuse

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Parc éolien de Canela installé par le groupe espagnol Endesa à Los Vilos, au Chili, le 6 décembre 2007 © AFP/Archives MARTIN BERNETTI

Madrid (AFP) – Un vent nouveau souffle sur les énergies renouvelables en Espagne: entreprises et fonds d’investissement multiplient les achats, alléchés par le savoir-faire et les perspectives de croissance d’une filière encore convalescente.

En 2015, « le montant des transactions a atteint cinq milliards d’euros », comptabilise Joao Saint Aubyn, du cabinet de conseil Roland Berger, basé à Madrid. Parmi les plus spectaculaires, le fonds américain Cerberus a racheté le spécialiste du solaire et de l’éolien Renovalia pour près d’un milliard et son compatriote KKR l’entreprise de photovoltaïque Gestamp Solar pour un montant équivalent.

Ce mouvement ne se tarit pas. Le groupe industriel allemand Siemens lorgne sur le champion des éoliennes Gamesa. Le fonds Cerberus serait prêt à s’allier au milliardaire américain George Soros pour avaler T-Solar et ses centrales solaires.

« Le secteur des énergies renouvelables espagnol est l’un des plus importants au monde », constate Joao Saint Aubyn.

En 2015, il se classait au cinquième rang mondial pour l’éolien, avec une puissance installée en Espagne de 23 gigawatts (soit l’équivalent de 23 réacteurs nucléaires), et au huitième rang pour le solaire (5,4 GW) derrière la Chine, les Etats-Unis ou encore l’Allemagne, en dépit d’investissements quasi-nuls ces dernières années.

Au milieu des années 2000, il avait réussi à se hisser sur le podium des principaux pays producteurs.

L’Espagne doit son rang à son fort ensoleillement, ses régions balayées par les vents mais aussi à la politique menée par l’ancien gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero (2004-2011): il avait soutenu les énergies vertes à coup de subventions publiques, jusqu’à ce que la crise économique stoppe net cet effort après 2008.

Les coupes claires menées par les socialistes, puis les conservateurs de Mariano Rajoy à partir de 2011, de plusieurs milliards d’euros selon le secteur, couplées aux inquiétudes sur l’état de santé de l’économie espagnole, avaient alors échaudé les investisseurs, explique Joao Saint Aubyn.

Entreprises de pointe

Le retour de la croissance et l’adoption d’un nouveau cadre législatif jugé plus stable favorisent leur retour.

Avec la baisse des subventions, les actifs « ont perdu de leur valeur », indique Luis Polo, directeur général de l’association espagnole de l’éolien AEE, une aubaine pour les acheteurs.

De plus, les entreprises espagnoles sont « en pointe au niveau international », constate Borja Rubio, analyste pour le courtier XTB.

Ce pays des moulins à vent, compte des centres de recherche reconnus, comme la plateforme solaire d’Almeria (PSA) et ses ingénieurs continuent à innover, avec par exemple un prototype d’éolienne sans pale. Environ 70.000 personnes travaillent dans les énergies renouvelables.

Un autre point fort de la filière éolienne est d’avoir des entreprises de toute la chaîne de production présentes sur le territoire, ajoute Luis Polo.

Le savoir-faire des groupes espagnols a leur permis « de remporter des projets ailleurs dans le monde », explique Borja Rubio.

Gamesa par exemple se classe parmi les cinq premiers fabricants de turbines au monde et est bien implanté dans plusieurs pays émergents comme l’Inde, le Brésil et la Chine, ce qui intéresse Siemens au plus au point.

Pour continuer à croître, il leur faut de l’argent. Or « de nombreux propriétaires (de parcs éoliens) ont des difficultés pour faire face à leur dette », après la réduction drastiques des aides publiques, relève l’AEE.

La situation n’est pas forcément plus rose dans le secteur photovoltaïque. T-Solar, filiale du groupe de construction Isolux Corsan, est par exemple lourdement endetté.

Les fonds d’investissement eux, ne souffrent pas de problèmes de trésorerie. Ils disposent au contraire de « capitaux relativement importants pour réaliser des achats », selon Joao Saint Aubyn de Roland Berger.

L’intérêt pour les énergies vertes est une tendance lourde, rappellent les experts. Il s’inscrit dans la volonté de ralentir le réchauffement de la planète, consignée dans l’accord de Paris, après la COP21, et signé par 175 pays.

Signe des temps, l’Espagne a procédé en début d’année à un appel d’offres pour augmenter ses capacités dans l’éolien et la biomasse, une première après quatre ans de paralysie.

© AFP

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