Berlin cède aux constructeurs et va subventionner l’achat d’autos électriques

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Le ministre des Transports allemand Alexander Dobrindt à bord d’une BMW I3 électrique, au terme d’une conférence de presse conjointe avec son collègue des Finances, Wolfgang Schäuble, à Berlin le 27 avril 2016 © AFP ODD ANDERSEN

Berlin (AFP) – Le gouvernement allemand a cédé à la pression des constructeurs automobiles et accepté de subventionner à partir du mois prochain l’achat de voitures électriques, espérant donner un coup de fouet à un secteur où le pays est à la traîne.

Le ministre des Finances Wolfgang Schäuble, qui s’est longtemps refusé à desserrer les cordons de la bourse, a annoncé que le gouvernement allait consacrer un milliard d’euros pour « donner une impulsion » à l’électromobilité en Allemagne, dont 600 millions pour une prime à l’achat.

De quoi réjouir les constructeurs allemands, qui militaient depuis des années pour un tel mécanisme déjà en place dans d’autres pays européens comme la France. Plutôt lents à prendre le virage de l’électrique, les Daimler, BMW et autres Audi, spécialistes de la berline haut de gamme, ont corrigé le tir ces dernières années et proposent désormais une trentaine de modèles tout électriques ou hybrides. Mais le segment n’a pas décollé pour autant en Allemagne.

A fin 2015, quelque 50.000 voitures électriques étaient immatriculées dans le pays (sur un total de 45 millions) et leur part dans les nouvelles immatriculations de l’année était de 0,7%, des chiffres qui rendent totalement illusoire d’atteindre d’ici 2020 l’objectif d’un million de voitures que le gouvernement, soucieux des émissions de CO2 et de son image de protecteur du climat, s’est fixé en 2009.

Norvège, Pays-Bas comme modèles

« Nous avons constaté que d’autres pays avaient plus de succès », a commenté mercredi le ministre de l’Economie Sigmar Gabriel. Il a cité la Norvège, avec près d’un quart des nouvelles immatriculations revenant à l’électrique, et les Pays-Bas (10%).

Le débat sur l’essor de ces véhicules « propres » est revenu sur le tapis en Allemagne après l’éclatement du scandale des moteurs diesel truqués de Volkswagen.

Chaque achat d’une voiture 100% électrique sera subventionné à hauteur de 4.000 euros – 2.000 euros d’argent public et 2.000 déboursés par le constructeur. La prime sera de 3.000 euros seulement pour les hybrides rechargeables (« plug-in »), d’après le même principe 50/50. Une BMW i3 électrique neuve coûte quelque 35.000 euros.

La prime sera versée sur la base du « premier arrivé, premier servi », jusqu’à épuisement de l’enveloppe du ministère, a précise M. Schäuble.

Les constructeurs étrangers, français par exemple, pourront aussi bénéficier des largesses du gouvernement s’ils acceptent de financer la moitié de la prime.

Sur le milliard déboursé d’ici 2020, 300 millions d’euros seront investis dans des bornes de rechargement, et 100 millions d’euros pour l’achat de véhicules électriques pour le parc automobile public.

Le président de la fédération allemande de l’automobile VDA, Matthias Wissmann, a salué de « bonnes orientations, qui vont permettre à l’électromobilité de prendre enfin son envol ».

« Politique industrielle »

A eux trois, BMW, Daimler et Volkswagen ont réalisé plus de 350 milliards d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier, et plus de 20 milliards de bénéfice d’exploitation malgré les déboires du groupe de Wolfsburg. D’abord réticent à subventionner un secteur très solide, le gouvernement a posé des conditions.

« Nous attendons que (les constructeurs) investissent plus en Allemagne » et qu’ils « fassent revenir en Allemagne la production de batteries », délocalisée en Asie, a martelé M. Gabriel. Mais il n’a pas évoqué d’engagements concrets des intéressés en ce sens.

Goutte d’eau dans la mer pour les uns, trop généreuses pour les autres, les aides à l’essor de l’électrique ne faisaient en tout cas pas l’unanimité.

« Mieux que rien, mais beaucoup trop faibles » pour soutenir les constructeurs allemands, jugeait Ferdinand Dudenhöffer, expert automobile du centre CAR.

« Cela n’apporte rien tant que la politique des transports dans son ensemble n’est pas revue de fond en comble » pour réduire les émissions de ce secteur fortement pollueur, a critiqué pour sa part Claudia Kemfert, experte en énergie de l’institut DIW.

Pour l’ONG de protection de l’environnement Bund, les plans « portent la signature de l’industrie automobile » et l’argent serait mieux utilisé dans des subventions aux transports en commun.

Que l’industrie soit au coeur de la réflexion, M. Gabriel ne s’en cache pas. « L’objectif est de renforcer l’industrie en Allemagne », a-t-il dit. « Nous menons une politique industrielle active ».

© AFP

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