En Nouvelle-Calédonie, les mines de nickel sont une terre fertile pour la chimie verte

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Vue aérienne du site d’extraction de nickel Koniambo (KNS), propriété de Glencore et de la Société minière du Sud Pacifique, à Voh, en Nouvelle-Calédonie, le 22 septembre 2015 © AFP/Archives THEO ROUBY

Koniambo (Nouvelle-Calédonie) (AFP) – Habituellement synonyme de pollution, les mines de nickel de Nouvelle-Calédonie pourraient être à la base du développement d’une filière de chimie verte, grâce à des plantes capables d’extraire et de stocker les métaux dans leurs feuilles.

Sur les flancs du gigantesque gisement de nickel du Koniambo, au nord de la Nouvelle-Calédonie, une parcelle enclose abrite les plantations du laboratoire de Chimie bio-inspirée et innovations écologiques (ChimEco) du CNRS, que dirige Claude Grison.

Cette chimiste internationalement reconnue, professeur à l’Université de Montpellier, est venue surveiller la croissance de ces plantes endémiques, aux propriétés extraordinaires, dont elle a mis en évidence le potentiel pour la chimie durable.

« Ces plantes se sont adaptées à leur milieu. Elles sont hyper accumulatrices de métaux, qu’elles récupèrent dans le sol avant de les stocker dans leurs parties aériennes (feuilles). Elles font de la phytoextraction », explique Mme Grison.

Lauréate en 2014 de la médaille de l’innovation du CNRS pour ses travaux, cette scientifique enthousiaste a développé avec son équipe un procédé innovant permettant d’utiliser les vieilles feuilles (litière) de ces plantes pour les transformer en éco-catalyseurs de chimie.

Accélérateurs de réaction, les catalyseurs sont très utilisés dans l’industrie cosmétique, agro-alimentaire, pharmaceutique ou chimique.

Or chaque année, le règlement européen REACH, qui sécurise la fabrication et l’utilisation de substances chimiques dans l’industrie, allonge la liste des métaux interdits, présents dans les catalyseurs traditionnels.

– Revégétalisation –

« Cela explique le fort intérêt que suscitent nos travaux auprès des industriels, à la recherche d’alternatives. D’autant, que ces catalyseurs +biosourcés+ se révèlent plus efficaces que les catalyseurs classiques », souligne Claude Grison.

Elle a démarré ses recherches en 2004, en travaillant avec des plantes accumulatrices de zinc dans le Gard, qui ont permis le dépôt d’un brevet cinq ans plus tard par le CNRS.

A l’occasion d’un atelier scientifique, la chimiste a mis le cap sur le Caillou, qui s’est avéré un terrain particulièrement propice tant en termes de potentiels géologiques que de volonté de réhabiliter les sites miniers.

Sur la parcelle expérimentale de Koniambo, le choix s’est porté sur un arbuste, appelé « Grevillea exul exul », très utilisé pour la revégétalisation des sols miniers et accumulateur de manganèse.

Alors que des milliers d’hectares sont dévastés par l’extraction minière en Nouvelle-Calédonie, l’objectif du programme est de coupler revégétalisation et valorisation des plantes pour la chimie verte.

Ingénieur de recherche au CNRS, Cyril Poullain assure, avec l’appui de l’IAC (Institut Agronomique Calédonien), le suivi des plantations, dont trois se situent sur des mines de la Société Le Nickel (SLN), filiale du groupe minier français Eramet et le premier employeur privé de Nouvelle-Calédonie.

« Je mesure le diamètre, la hauteur et l’envergure des plantes et surveille leur mortalité. L’objectif est de déterminer les meilleurs amendements pour la croissance et la teneur en métaux », explique le chimiste basé à Nouméa.

Partenaires, les industriels, SLN et Koniambo Nickel (détenu à 49% par le Suisse Glencore et à 51% par les indépendantistes kanak de la province Nord de Nouvelle-Calédonie), mettent à disposition des terrains, fournissent les plants et contribuent à l’entretien des parcelles.

© AFP

 

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