Fukushima et alentour: la reconstruction à deux vitesses, à deux visages

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Des bulldozers s’activent à Minami-Soma, dévastée par le tsunami au Japon, le 12 février 2016
© AFP TORU YAMANAKA

Tomioka (Japon) (AFP) – Villes désertées, maisons saccagées, commerces sens dessus dessous et herbes envahissantes d’un côté, rues marchandes vivantes, linge étendu sur les balcons et cultivateurs s’affairant dans les champs de l’autre: la reconstruction avance à deux vitesses dans la région dévastée par le tsunami de mars 2011.

Là où le raz-de-marée a tout rasé, les débris ont été déblayés. La vie a bon an mal an repris son cours, cette fois plus loin de la côte, plus en hauteur, moins à la portée d’une déferlante.

Ainsi la ville de Miyako, située sur la côte nord-est du Japon, n’était-elle plus qu’une étendue de boue deux jours après la catastrophe, selon des photos prises par satellite le 13 mars 2011 et publiées par Google. Une image datant de la fin du mois dernier montre un terrain nettoyé mais inhabité.

Plus près de la centrale Fukushima Daiichi, à Okuma ou Futaba, où l’on vantait sur d’immenses panneaux le « nucléaire, énergie d’un avenir radieux », la contamination radioactive a chassé les habitants.

En cinq ans, rien n’a pu être entrepris et le temps a fait son vilain travail: il a dégradé encore plus ce qui était resté à l’abandon.

A Minami-Soma, à environ 30 kilomètres au nord du site atomique en péril, les bulldozers s’activent.

La ville prévoit de construire un complexe industriel, d’ériger une centrale solaire et de permettre aux agriculteurs de cultiver du riz là où les niveaux de rayonnement sont en deçà des limites nationales.

« Je suis revenu ici en me disant que je ne pouvais décemment pas fuir », confie Akemi Anzai, 51 ans, employé d’un café communautaire conçu pour les jeunes mères et leurs bébés, établissement qui a ouvert l’an dernier.

M. Anzai est parti pendant un an par crainte des effets des radiations sur la santé de ses enfants. « Je pensais que c’était la fin du monde, mais j’ai décidé de revenir, car c’est ma ville natale ».

Sayuri Tanaka, mère d’une fille de six ans, est également de retour à Minami-Soma après trois années passées ailleurs.

« Je me suis habituée à me faire du souci au sujet de la radioactivité. Ce qui est arrivé au cours de ces cinq dernières années est bien réel, mais il est plus important pour moi d’avancer que de passer mon temps à me morfondre », dit-elle à l’AFP.

Au fil des ans, les clients reviennent, mais ce ne sont pas les mêmes, d’année en année, explique Yuichi Orikasa, un employé d’hôtel de 53 ans

L’établissement a rouvert après une fermeture d’un mois à la suite de la catastrophe.

« Nos principaux pensionnaires étaient des hommes d’affaires avant la catastrophe, mais depuis ce sont des ingénieurs du génie civil, des bénévoles, les travailleurs de la décontamination », explique-t-il.

Les ex-résidents d’autres lieux rendus inhabitables par la radioactivité sont plus qu’inquiets : désespérés.

« Beaucoup de mes amis ont perdu l’espoir de revenir », déplore Yuji Takahashi, 72 ans, à Tomioka, à six kilomètres de la centrale nucléaire. « Même si le gouvernement finit un jour par lever les restrictions, nos vies ne seront jamais comme avant », se désole-t-il.

Le paysage de Tomioka est envahi d’énormes sacs en plastique noir emplis de détritus contaminés, un drame pour ce village serein aux belles bâtisses de bois entourées de vastes jardins où les habitants avaient l’habitude de se réunir au printemps sous les cerisiers en fleurs et de participer au festival du feu en été afin de prier pour une bonne récolte.

La ville inhabitée ne voit désormais plus passer que des camions et autres véhicules allant et revenant de la centrale nucléaire sur une route où ont été installés des dosimètres affichant le niveau de radioactivité.

Shinichi Yatsuhashi, lui, hésite à revenir à Naraha, une autre ville de la région, la première de celles totalement évacuées où les habitants sont de nouveau autorisés à vivre depuis septembre, mais où moins de 10% sont de retour.

« Les autorités municipales nous disent de revenir, mais il n’y a rien pour nous aider à vivre normalement », souligne M. Yatsuhashi, qui met en exergue le manque de commerces, de services médicaux et d’autres prestations nécessaires.

© AFP

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