Corruption: les pays émergents, Brésil en tête, inquiètent Transparency International

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Un homme écrit sur un mur lors d’une journée de lutte anticorruption à Guatemala, le 9 décembre 2015
© AFP/Archives JOHAN ORDONEZ

Berlin (AFP) – Les puissances économiques émergentes inquiètent l’ONG Transparency International qui, dans son rapport annuel sur la corruption dans le monde, rendu public mercredi, pointe plus particulièrement du doigt le Brésil ou la Malaisie.

« Tous les BRICS (acronyme des cinq puissances économiques émergentes que sont le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud), les pays prometteurs de l’économie mondiale, sont concernés et ont des scores en-dessous de 50 dans notre index », a expliqué à l’AFP Robin Hodess, directrice de recherche au sein de l’ONG basée à Berlin.

Chaque année, Transparency International (TI), ONG basée à Berlin, établit un « Rapport sur la perception de la corruption », une évaluation (portant cette année sur 168 pays) sur une échelle de 0 à 100, qui classe les pays du plus corrompu au plus vertueux.

Ce travail s’appuie sur des données collectées par 12 organismes internationaux, parmi lesquels la Banque mondiale, la Banque africaine de développement ou encore le Forum économique mondial.

Cette année, le Brésil « est le pays qui a enregistré la plus forte baisse dans le classement: il a chuté de 5 points et de 7 places et occupe à présent la 76e place », souligne le rapport.

Le scandale Petrobas et la tempête politique qu’il a provoquée ont eu « un impact phénoménal », a souligné Mme Hodess.

La compagnie pétrolière publique aurait versé pendant des années des pots-de-vin à au moins 25 députés, six sénateurs et trois gouverneurs, principalement dans le camp du gouvernement, aux mains du Parti des travailleurs (PT, gauche).

La Russie est le moins bien classé des BRICS (119e), devant la Chine (83e), l’Inde (76e) et l’Afrique du Sud (61e).

En Asie, les accusations de corruption à l’encontre du Premier ministre de Malaisie, Najib Razak, ont également retenu l’attention de l’ONG.

En 2015, la Malaisie (54e, -4 places) « a de nouveau reculé (dans le classement) et cette affaire illustre le fait que si certaines mesures ont été prises, l’idée de s’attaquer aux racines de la corruption ne s’accompagne pas d’une volonté politique suffisante », a expliqué à l’AFP Samantha Grant, coordinatrice Asie pour TI.

Mardi, le procureur général de Malaisie a écarté les soupçons de corruption visant M. Razak, estimant que le versement sur son compte personnel de 627 millions d’euros n’avait rien à avoir avec de la prévarication mais résultait d’un « don personnel » de la famille royale saoudienne.

Globalement, « deux tiers des 168 pays évalués par l’indice 2015 obtiennent une note inférieure à 50 », relève le rapport.

Les plus mauvais élèves sont ex aequo la Corée du Nord et la Somalie (8 points), devancés par le Soudan (165e, 15 points) et l’Afghanistan (166e, 11) tandis que l’Irak (161e, 16) et la Syrie (154e, 18) ne sont pas loin.

A contrario, la Scandinavie monopolise les premières places du classement: le Danemark est en tête (91 pts), devant la Finlande (90) et la Suède (89).

En dépit du constat que la grande majorité des pays ont une note inférieure à la moyenne, Transparency relève avec satisfaction « que le nombre de pays ayant réussi à améliorer leur score a été plus élevé que celui des pays où il a baissé » en 2015.

« 2015 a également été une année où les citoyens sont encore une fois descendus dans la rue pour protester contre la corruption », a souligné, dans un communiqué le président de l’ONG, le Péruvien José Ugaz, qui y voit un « signal fort ».

A cet égard, l’organisation cite en exemple le Guatemala. « Les gens ont manifesté, se sont exprimés avec force contre la corruption qui touchait le gouvernement dans son ensemble et le président est désormais en prison », a souligné Mme Hodess.

Novice en politique, l’humoriste Jimmy Morales a été élu l’an passé après une mobilisation historique qui avait culminé avec la démission, quelques jours avant le premier tour le 6 septembre, du président Otto Perez, ex-général de 64 ans au pouvoir depuis 2012, puis son placement en détention provisoire.

La mobilisation des gens « peut faire une grande différence », en conclut, optimiste, Mme Hodess.

 

© AFP

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