La Belgique prolonge deux réacteurs… pour préparer la sortie du nucléaire

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Bruxelles (AFP) – La Belgique et le premier producteur d’électricité du royaume, Electrabel (filiale du français Engie), ont présenté mardi les termes d’un accord prévoyant la prolongation pour dix ans des deux plus vieux réacteurs belges et marquant selon les parties un « nouveau départ » pour assurer la transition énergétique à l’horizon 2025.

Après des années de bras de fer entre les autorités belges et le patron d’Engie, Gérard Mestrallet, et des mois de  négociations tendues, une « convention » a finalement été signée à Bruxelles lundi vers 22H00 (21H00 GMT) entre les représentants d’Electrabel et le Premier ministre Charles Michel.

Le temps pressait, puisque selon la loi belge, cet accord devait intervenir avant le 1er décembre.

Présentée à la presse mardi matin par le Premier ministre, flanqué de ses vice-Premiers ministres, et des dirigeants d’Engie Gérard Mestrallet et d’Electrabel, Philippe Van Troeye, la convention fixe le cadre de la prolongation jusqu’en 2025 de l’activité des réacteurs de Doel 1 et 2, situés à quelque 25 km d’Anvers (nord).

Les deux réacteurs, âgés de 40 ans et d’une capacité totale de 866 MW (sur une capacité de production d’électricité en Belgique de 13.500 MW), sont actuellement à l’arrêt.

Doel 1 avait été fermé le 15 février, conformément à la loi de 2003 prévoyant la sortie échelonnée du nucléaire en Belgique entre 2015 et 2025. Doel 2 est de son côté à l’arrêt pour entretien.

Décidée fin 2014 par le gouvernement, validée récemment par l’autorité responsable du contrôle de la sécurité nucléaire, l’extension pour 10 ans de leur durée de vie bloquait sur les exigences d’Electrabel/Engie, vent debout depuis des années contre la taxe spéciale imposée aux producteurs d’énergie nucléaire, qui s’est élevée à 550 millions d’euros ces dernières années.

Electrabel, qui consent à investir 700 millions d’euros pour rénover Doel 1 et 2, et 600 millions d’euros pour le réacteur de Tihange 1 (sud), lui aussi prolongé de 10 ans, a largement eu gain de cause.

Sa contribution a été largement revue à la baisse: dans le cadre de la prolongation de Doel 1 et 2, le groupe versera une redevance annuelle de 20 millions d’euros (200 au total) destinée à la recherche.

L’accord prévoit également une contribution de 200 millions d’euros en 2015 pour l’ensemble du parc nucléaire, puis de 130 millions d’euros en 2016. Pour 2017, 2018 et 2019, la contribution sera soit de 34% du bénéfice, soit de 150 millions d’euros (le montant le plus élevé étant pris en compte). Pour 2020-2026, la contribution sera fixée par un organisme indépendant.

« Nous avons la volonté d’écrire une page nouvelle. La fiscalité en Belgique était très fluctuantes ces dernières années et avait atteint un niveau supérieur aux marges dégagées par l’activité », s’est réjoui Gérard Mestrallet lors de la conférence de presse. Le nouveau calcul « tient compte de la réalité dans laquelle nous opérons, avec des prix de l’électricité divisés par deux en six ans », a-t-il ajouté.

Pour le patron d’Engie, ce nouveau départ va enclencher une « dynamique pour faire de la Belgique une vitrine de la transition énergétique ».

Le groupe prévoit d’investir au total quelque 3,4 milliards d’euros dans des projets, dont certains doivent être confirmés, liés aux énergies renouvelables.

La ministre de l’Energie, Marie-Christine Marghem, a souligné que la prolongation de Doel 1 et 2 permettrait de garantir l’approvisionnement en électricité de la Belgique, menacée de black-out ces dernières années, et de préparer dans de bonnes conditions la transition vers les énergies renouvelables.

Le gouvernement s’est également réjoui que l’accord pérennise la présence d’Engie/Electrabel, qui emploie actuellement quelque 18.000 personnes en Belgique.

Charles Michel a confirmé l’objectif de fermer tous les réacteurs nucléaires belges en 2025.

« Pour Electrabel, c’est le jackpot ! Mais pour le consommateur, c’est la double peine : c’est lui qui devra régler la facture de 700 millions d’euros pour prolonger Doel 1 et 2 et le trou budgétaire qu’occasionnera la baisse de la taxe nucléaire de 550 millions à 150 millions d’euros », a réagi depuis les rangs de l’opposition le Parti socialiste.

 

© AFP

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