Bénin: un cuiseur solaire pour protéger l’environnement

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Philomene Ahouansou cuisine riz et haricots avec un cuiseur solaire le 1er octobre 2015
© AFP DELPHINE BOUSQUET

Porto Novo (Bénin) (AFP) – Au Bénin, quatre ménages sur cinq utilisent le charbon ou le bois de chauffe pour cuire leur repas, avec pour conséquence de cette pratique ancestrale la déforestation et l’émission de gaz à effet de serre. Pour aider à préserver l’environnement, une ONG a lancé un cuiseur solaire.

Appelé « Mivo » (« Soyez à l’aise » en langue fon), cet appareil utilise comme combustible des déchets agricoles: les coques de noix de palme.

Philomène Ahouansou, une cuisinière, vend grâce à lui du riz, des haricots et de la sauce tous les jours sur le trottoir d’une rue très passante de Porto-Novo, la capitale, cuisinant dans trois cuiseurs solaires posés à même le sol.

« Quand j’ai entendu la publicité à la radio, je suis allée au siège de l’ONG Autre Vie pour en acheter trois », explique-t-elle. Depuis, son quotidien a changé, dit-elle: « Il n’y a pas de fumée qui gêne les yeux, ça ne donne pas trop de chaleur, il ne faut pas ventiler pour que le feu prenne. On peut travailler à longueur de journée ! »

Le cuiseur fonctionne à l’énergie solaire. Celle-ci actionne un ventilateur qui pulse de l’air pour entretenir de façon constante la cuisson. Le bol en céramique contenant le combustible est placé en dessous de la marmite où chauffent les aliments.

« Avant j’utilisais le bois, ça me coûtait très cher, 25.000 FCFA par mois (environ 38 euros). Maintenant les coques me reviennent à seulement 5.000 FCFA mensuels (7,60 euros) », détaille Philomène.

Nul doute, c’est d’abord pour des raisons économiques que les gens achètent ce four.

Mais ils n’ignorent pas l’intérêt écologique du procédé: « On laisse les arbres tranquilles dans la forêt (…) donc ça nous protège », reconnaît Philomène. En achetant ce cuiseur auprès de l’ONG, elle a été sensibilisée au réchauffement climatique.

Tout comme Chimène Agossou: cette jeune maman vit dans un foyer de 13 personnes où on a abandonné le charbon depuis deux ans. « Pour avoir du charbon il faut couper du bois illégalement. Mais quand on extrait l’huile des noix du palmier à huile, il reste les coques (dont on peut se servir pour le cuiseur solaire) et ça, ça n’est pas tuer les forêts ! », résume Chimène.

C’est après avoir observé les forgerons qui brûlent ces coques pour fondre le fer que Romuald Djivoessoun a conçu un prototype d’1m20 sur 80cm. C’était il y a 10 ans. Il l’a amélioré en associant des artisans et des universitaires à sa conception.

« Ce four va limiter la déforestation et donc les gaz à effet de serre », s’enthousiasme cet ingénieur en développement qui dirige l’ONG Autre Vie. « Pour une famille de quatre personnes, un sac de coques dure six mois », tandis qu’avec le charbon, « il faut un sac et demi par mois ! », relève-t-il.

L’ONG a réussi à convertir 200 femmes charbonnières au ramassage et à la transformation de ces coques pour les utilisateurs des cuiseurs solaires.

Elle les a convaincues de l’intérêt de ce système, dans un pays qui n’est pas forestier (la forêt recouvre seulement 17% du Bénin) mais où 70.000 hectares de forêts disparaissent néanmoins chaque année – selon la Direction générale des forêts et des ressources naturelles – en partie à cause de la production de charbon.

Pas moins de 800 cuiseurs solaires ont déjà été vendus grâce au soutien du Fonds mondial pour l’environnement et du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), malgré un prix élevé (55 000 FCFA, soit 83 euros).

Et la demande croît. D’après Romuald Djivoessoun, 120 clients attendent d’acquérir à leur tour un engin de ce type. Mais les artisans locaux n’arrivent pas à fournir.

La mairie d’Akpro-Missérété, une commune près de Porto-Novo, a donné un terrain pour construire une petite usine et passer à une fabrication quasi-industrielle, afin de faire baisser le prix des cuiseurs et de proposer des modèles de différentes tailles.

A l’évocation de la conférence COP21, où seront réunis début décembre à Paris les dirigeants du monde entier dans l’objectif de s’engager sur le climat, Romuald Djivoessoun se fâche: « Les petites initiatives ne sont pas encouragées. Pourtant, ça ne coûte rien de les financer et les impacts sont énormes ! C’est la solution aux recommandations que les chefs d’Etat vont émettre », selon lui.

© AFP

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