Criminalité environnementale: profits faciles et faibles sanctions attirent les mafias

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Le cadavre d’un rhinocéros décorné dans le parc national de Kaziranga en Inde, le 24 février 2014
© AFP/Archives Anuwar Hazarika

Nîmes (AFP) – Trafic d’espèces protégées et de déchets, pêche et déforestation illégales, les crimes contre l’environnement rapportent beaucoup pour des risques limités, au point de devenir la quatrième source de revenu du crime organisé.

Montant total du butin: de 70 à 213 milliards de dollars par an, selon Cees Van Duijn, responsable de la sous-direction criminalité environnementale d’Interpol à l’origine d’une Conférence internationale intitulée « Sécurité et crimes contre l’environnement » organisée lundi et mardi à Nîmes.

C’est pourquoi, dit-il, « la sécurité environnementale fait partie intégrante de la sécurité nationale ».

« Nous avons besoin d’attirer l’attention des policiers à travers le monde sur cette question et de les former », a assuré M. Van Duijn, en insistant sur les « convergences entre la criminalité environnementale et d’autres délits – meurtres, évasion fiscale, blanchiment d’argent ».

« A qui profite le crime? », à des groupes mafieux mais aussi à des gouvernements corrompus et à des entreprises, a répondu la sénatrice Leïla Aichi, lors de cette conférence.

Mais pour l’élue écologiste (EELV), vice-présidente de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, « le trafic lié à la biodiversité alimente aussi les caisses de groupes terroristes » et de rebelles à travers le monde. Elle pointe également l’implication du « système de la finance internationale qui englobe aussi tout l’argent qui provient des délits qui sont commis contre l’environnement ».

Pour l’ex-ministre de l’Environnement Corine Lepage, il faut distinguer les « exécutants, pour qui c’est un problème de développement », les « mafias, qui sont des intermédiaires que nous avons laissés venir » et les « clients, qui sont souvent des entreprises », se débarrassant par exemple de déchets dangereux illégalement. Le tout, déplore-t-elle, sur fond de « laxisme généralisé ».

Certains groupes mafieux utilisent les délits commis contre l’environnement pour masquer d’autres activités illégales, comme ce groupe tchétchène dont l’activité principale était le trafic d’armes et de cocaïne et la « couverture » un trafic de déchets, explique le lieutenant-colonel Christophe Le Gallo, chef en second de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP).

Pour le spécialiste du droit de l’environnement et de la santé Laurent Neyret, ces crimes « progressent à une vitesse inquiétante » et attirent de nombreux groupes mafieux car ils constituent des « machines à cash » alors que « le risque de poursuites et de sanctions est relativement faible ». Le commerce illégal d’un kilo de poudre de corne de rhinocéros rapporte deux fois le prix d’un kilo de cocaïne. Mais aux États-Unis, par exemple, le premier délit est passible d’un maximum d’un an de prison contre 10 ans pour le second.

Selon M. Neyret, « la criminalité environnementale met en péril non seulement la sécurité écologique mais elle menace également la sécurité économique, la sécurité sanitaire et sociale, la sécurité climatique et la sécurité géopolitique de régions entières ».

En matière de crimes contre l’environnement, « la question du développement est majeure », renchérit Mme Aïchi, citant l’exemple du delta du Niger, où l’exploitation du pétrole a induit une pollution à grande échelle qui a privé les agriculteurs de leur moyen traditionnel de subsistance, ou encore la Somalie, où la majorité des pirates sont des pêcheurs ou fils de pêcheurs qui ont vu disparaître les ressources halieutiques.

« La notion de crime contre l’environnement est apparue quand la vie humaine a été réellement en jeu », a expliqué Mme Lepage, considérant la catastrophe industrielle meurtrière de Bhopal (Inde), en 1984 comme un « tournant en la matière ». Mais le marché des crimes environnementaux étant lucratif et le droit lacunaire et peu appliqué en la matière, il est « incontournable », affirme l’ex-ministre, de créer un « tribunal pénal international de l’environnement et de la santé ».les crimes contre l’environnement rapportent beaucoup pour des risques limités, au point de devenir la quatrième source de revenu du crime organisé

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