Lydia Bourguignon, au chevet de la terre et des sols

Publié le : Last updated:

Lydia Bourguignon

Claude et Lydia Bourguignon © LAMS

Depuis plus de 40 ans, Lydia et Claude Bourguignon étudient les sols. Il y a 25 ans, ils ont quitté l’INRA pour lancer le Laboratoire d’Analyse Microbiologique des Sols, une entreprise qui emploie 5 salariés et qui conseille les agriculteurs, partout dans le monde, sur la manière de prendre soin de leur sol. Lydia Bourguignon nous explique leur démarche, et pourquoi les sols, longtemps négligés, sont si importants.

D’abord, pouvez-vous expliquer ce que vous faites au LAMS (Laboratoire d’Analyse Microbiologique des Sols) ?

Nous allons chez le vigneron ou l’agriculteur, pour effectuer un diagnostic sur l’état du sol. Sur place, nous faisons des prélèvements. Nous observons comment vont les racines, si le sol sent bon. Ensuite, nous analysons, dans notre laboratoire, des échantillons de terre pour examiner ce qu’elle contient. Nous mesurons sa richesse en éléments comme le calcium et le phosphore. Nous regardons aussi si le sol est vivant, s’il y a présence de faune, comme des insectes ou des vers de terre. A partir de ces éléments, nous élaborons un dossier conseil pour indiquer à la personne qui nous a sollicités comment mieux gérer son sol en utilisant moins de produits de traitements et moins de fertilisants.

Pourriez-vous donner un exemple concret de votre travail ?

A Bordeaux, nous avons travaillé avec un vigneron confronté à des problèmes de croissance de ses vignes. Au mois de septembre, avec l’humidité, il devait faire face à de la pourriture. Nous avons alors fait des profils et ces derniers se remplissaient d’eau, nous avons constaté que ce sol avait besoin d’être drainé. Une fois le drainage effectué, les raisins étaient moins exposés aux nuisances.
Ailleurs, à Récicourt, un céréalier en conventionnel, qui faisait de la monoculture de blé, voyait ses rendements décroitre. Il s’est mis à faire des rotations, sur nos conseils. Il a diversifié ses cultures puis il est passé en bio et enfin en biodynamie. Il a aussi ramené des bêtes sur sa ferme pour faire du compost.

Que faut-il faire pour un obtenir bon sol ?

De manière générale, un sol doit être vivant, riche en matière organique et doté d’une certaine porosité. Avec Claude, nous disons souvent qu’il faut que le sol soit comme du couscous, c’est-à-dire très souple, très aéré et qu’il sente bon. L’oxygène et l’eau doivent pouvoir s’y infiltrer pour nourrir les plantes. Sa profondeur idéale varie selon les cultures : un vigneron aura besoin d’un sol moins profond qu’un céréalier.

Quel bilan tirez-vous de plus de 40 années de travaux sur les sols ?

On nous a beaucoup critiqués pour nos discours alarmistes, il y a 25 ans. Cependant, de nos jours, ce discours est entendu. Depuis 6 ans, les choses bougent ; les médias et les citoyens se rendent compte du problème avec la baisse de rendement des sols et les catastrophes écologiques. Face à ces défis, nous prônons le retour à la biodiversité, à la rotation, et à la diversité des cultures. Les acteurs du monde agricole se tournent vers nous alors que dans les années 1990 nous étions en marge. Aujourd’hui, la biodiversité est mieux prise en compte et sa disparition inquiète. Il s’avère possible de redonner une vie aux sols. Pour y arriver, les citoyens et les politiques doivent se retrousser les manches.

Justement, la question des sols est-elle suffisamment prise au sérieux, selon vous ?

Les agriculteurs sont conscients de la fatigue de leur sol, mais ils sont englués dans d’autres préoccupations comme les subventions, les débouchés à trouver et leur dépendance aux produits des multinationales. Si les agriculteurs connaissaient bien leurs sols, ils seraient beaucoup moins dépendants des multinationales. Ils doivent se réapproprier cette connaissance, mais cela ne se fait pas du jour au lendemain. Il faut du temps pour remettre un sol en état. Cela ne sert à rien de leur parler de rotation des cultures si ces dernières n’ont pas de débouché ou ne sont pas subventionnées.

Que reste-t-il à faire ?

Le changement des pratiques agricoles est lent. Les céréaliers français, par exemple, ont changé leurs pratiques sur le labour. Auparavant, ils pratiquaient le labour profond de 20 à 30 cm et retournaient la terre. Cette pratique est progressivement abandonnée au profit de labours plus superficiels. C’est un plus pour les sols.
Dans le monde du vin, la demande des consommateurs conduit les vignobles à se tourner vers le bio, ce qui signifie renoncer au désherbage chimique. En Bourgogne, entre 12 et 15 % des vignerons sont en bio, idem en Alsace. Cela se traduit par un véritable respect du sol, du consommateur et du vigneron lui-même puisqu’il s’expose moins aux produits chimiques toxiques.

Enfin, s’il y avait une mesure prioritaire à prendre pour préserver les sols, laquelle serait-ce ?

Je demanderais aux citoyens de faire pression pour que la directive européenne sur la protection des sols soit signée. Il y en a une pour l’air et l’eau. Le texte est sur les bureaux mais certains lobbys exercent des pressions pour l’empêcher de voir le jour. Son existence fournirait une base pour protéger les sols et éviterait de les considérer uniquement comme un support. Un tel texte changerait les mentalités sur le sujet.

Propos recueillis par Julien Leprovost

Media Query: