Corées: les familles se quittent après une rencontre pleine d’émotion

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Une Sud-Coréenne (g) essuie les larmes de son père nord-coréen lors d’une réunion des familles séparées, le 22 octobre 2015 au Mont Kumgang, en Corée du Nord
© POOL/AFP KPPA

Séoul (AFP) – Des familles nord et sud-coréennes divisées par la guerre il y a plus de 60 ans se sont dit au revoir jeudi, séparation d’autant plus traumatisante que la plupart d’entre elles ne se reverront jamais.

Au troisième et dernier jour de cette rencontre chargée d’émotion organisée dans la station de montagne nord-coréenne de Kumgang, les familles ont eu deux heures jeudi matin pour prendre congé.

Certains ont passé ce temps simplement enlacés. D’autres tentaient de faire bonne figure face à l’imminence du départ, essuyant leurs larmes assis à des tables numérotées dans la salle réservée aux banquets.

Une Nord-Coréenne d’un âge avancé tentait d’égayer ces derniers instants en mettant tout le monde au défi de se livrer à un bras de fer avec elle.

Cet événement, le deuxième du genre seulement en cinq ans, était étroitement contrôlé. Les familles n’ont pu se rencontrer que six fois, pendant deux heures à chaque fois.

Près de 400 Sud-Coréens et 140 Nord-Coréens participaient à la réunion. Les 12 heures dont ils ont disposé sont d’une brièveté cruelle après des décennies de séparation provoquées par la guerre de Corée (1950-53).

« Il aurait été merveilleux de pouvoir se parler et dormir dans la même pièce, au lieu de ces quelques rendez-vous », a regretté Han Sun-Kye, 70 ans, qui a rencontré sa tante nord-coréenne.

« J’aurais tant aimé pouvoir prendre mes repas avec ma seule famille, plutôt que dans une grande salle avec tout le monde », a-t-il ajouté.

Les informations sur la rencontre proviennent d’un pool de médias sud-coréens accompagnant le groupe.

Les participants ont en fait énormément de chance. Ils ont été choisis sur une liste d’attente comportant des dizaines de milliers de noms.

Des millions de personnes ont été déplacées pendant la guerre de Corée qui avait vu la ligne de front faire des allées et venues entre le sud de la péninsule et la frontière septentrionale avec la Chine.

Dans le chaos du conflit, des familles entières, parents et enfants, maris et femmes, frères et soeurs, avaient été séparées.

La grande majorité des membres de la génération qui a vécu dans sa chair la séparation d’avec ses proches est morte sans jamais avoir le moindre contact avec ceux vivant au Nord ou même savoir s’ils étaient encore en vie.

Le nombre de décès augmente avec les années et les candidats à une rencontre savent qu’ils ne seront peut-être jamais choisis. Ils enregistrent des messages vidéos, et ont fourni des échantillons d’ADN, dans l’espoir que des contacts posthumes pourront avoir lieu à l’avenir.

Le programme de réunions des familles avait véritablement commencé après un sommet historique Nord/Sud en 2000.

En quinze ans, la pyramide des âges a beaucoup changé.

Cette fois-ci, il n’y avait que cinq familles qui ont vu des époux ou des parents et enfants se retrouver, contre 23 en 2010.

Lors du dîner pris en commun mercredi soir, Lee Jeong-Sook, 68 ans, a demandé à son père nord-coréen, Ri Hong-Jong, 88 ans, de lui chanter une chanson afin qu’elle puisse se souvenir de sa voix.

Le vieil homme a entonné un air populaire qui évoque une rivière de sa ville natale en Corée du Sud. Toute la tablée a éclaté en sanglots.

Les départs jeudi marquent la fin de la première étape de cet événement. De samedi à mardi, d’autres familles, de Corée du Nord et de Corée du Sud, vont participer à ces retrouvailles précisément orchestrées.

Ces réunions avaient été décidées fin août dans le cadre d’un accord qui avait permis de mettre fin à une dangereuse escalade des tensions entre les deux Etats rivaux.

Illustrant le fossé économique entre les deux Corées, toutes les familles du Sud sont venues avec de nombreux cadeaux, vêtements d’hiver, montres, produits de beauté et dans la plupart des cas, des milliers de dollars en liquide.

Les autorités sud-coréennes avaient pourtant prévenu que les autorités nord-coréennes allaient « s’approprier » une bonne partie de cet argent.

© AFP

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