« Gardarem lo Larzac », « journal de lutte » du plateau depuis 40 ans

Publié le : Last updated:

larzac

Des militants pacifistes et des agriculteurs se réunissent, le 14 août 1977, sur le causse du Larzac, dans la région de Millau, pour manifester contre l’extension d’un camp militaire. Sur le réservoir, est inscrit « Gardarem lo Larzac » (« Nous garderons le Larzac »)
© AFP/Archives Gerard Fouet

La Roque-Sainte-Marguerite (France) (AFP) – Huit à douze pages pliées à la main et envoyées tous les deux mois à quelque 1.300 abonnés à travers le monde: le journal militant « Gardarem lo Larzac » retrace depuis 40 ans les « luttes » écologistes et pacifistes du célèbre plateau.

Le local se trouve dans une maison fleurie du hameau de Montredon, au milieu des landes balayées par le vent, aux confins de l’Aveyron et de l’Hérault. Aux murs, des étagères remplies des 324 numéros du journal, qui porte le nom de l’appel initial de 1971: « Gardarem lo Larzac » (« nous garderons le Larzac » en occitan).

Le 28 octobre 1971, le ministre de la Défense, Michel Debré, annonce l’extension du camp militaire de La Cavalerie. Les agriculteurs du plateau du Larzac s’y opposent et lancent un mouvement qui deviendra un combat emblématique des années 1970-1980.

« Souvent, on était mécontent de ce que disait la grande presse du Larzac », se souvient Léon Maillé, militant historique, qui raconte avoir été nommé premier directeur du journal car son casier judiciaire était encore vierge. « Après, ça a changé », sourit-il.

« A ce moment-là, un journaliste du Canard enchaîné, Henri Deligny, était en train d’écrire un bouquin sur le Larzac », poursuit le paysan. « Pourquoi vous ne faites pas un canard vous-même? » leur a-t-il suggéré. Le premier numéro paraît à l’été 1975.

Avec l’aide d’un autre rédacteur de l’hebdomadaire satirique, Alain Grandremy, les militants fédèrent rapidement « 3-4.000 abonnés », notamment au sein des comités de soutien qui se créent alors à travers la France.

« C’était un journal que l’on faisait après la traite et avant de rentrer les foins », résume M. Maillé. « Ca servait à populariser le Larzac. A l’époque, il n’y avait pas internet, pas de mails. »

Après la « victoire » de 1981, date à laquelle le président François Mitterrand annonce l’abandon du projet contesté, les abonnements périclitent. « Dans les années 1990, il y a eu un creux de vague. On s’était même posé la question d’arrêter », reconnaît Marizette Tarlier, membre de la rédaction.

De mensuel, le journal devient bimestriel en 1995. Mais d’autres évènements redonnent ensuite un souffle aux abonnements: l’affaire du MacDonald’s de Millau, la lutte contre les OGM et les gaz de schiste, mais aussi « leur » film « Tous au Larzac ».

« Nous n’avons pas les problèmes d’un groupe de presse. Notre but n’est pas de faire de l’argent, mais d’arriver à l’équilibre financier », souligne Chantal Alvergnas, membre du secrétariat, qui précise que l’équipe est bénévole « hormis le maquettiste, l’imprimerie et les envois ».

Aujourd’hui, les 18 euros « et plus si affinités » de l’abonnement annuel sont payés par des lecteurs de l’Aveyron, de Paris ou de Lyon, mais aussi d’Argentine, du Canada, d’Allemagne, d’Espagne ou de Suisse.

En format tabloïd, avec une maquette simple, le journal traite de l’actualité locale du Larzac, mais aussi de « luttes » nationales et internationales, reflets de la culture militante qui s’est développée sur le causse.

Au fil des décennies, les pages ont tour à tour évoqué le combat des Kanaks de Nouvelle-Calédonie, le projet d’enfouissement nucléaire de Bures, et les « Zad » de Sivens et de Notre-Dame-des-Landes.

En janvier, la rédaction a consacré un numéro spécial aux dessinateurs de Charlie Hebdo, notamment pour rendre hommage à Cabu et Wolinski qui avaient signé des dessins dans ses pages. L’arrivée des légionnaires sur le plateau, qui divise les habitants du Larzac, ne manque pas non plus d’occuper les colonnes.

Mais quoique nombreuses sur le plateau, les nouvelles générations lui préfèrent souvent « internet, les réseaux sociaux », souligne Christiane Burguière, au journal depuis 1978.

La diffusion du journal reste aujourd’hui confidentielle, et l’équipe est vieillissante. « C’est un peu le journal des anciens combattants », sourit M. Maillé, le journal « du Larzac +canal historique+ ».

© AFP

Media Query: