Audit énergétique: les entreprises en retard sur leurs obligations à deux mois de l’échéance

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Près de 5.000 entreprises françaises devront avoir réalisé un audit énergétique avant le 5 décembre 2015 sous peine de possibles sanctions © AFP/Archives Francois Xavier Marit

Près de 5.000 entreprises françaises devront avoir réalisé un audit énergétique avant le 5 décembre 2015 sous peine de possibles sanctions
© AFP/Archives Francois Xavier Marit

Paris (AFP) – Près de 5.000 entreprises françaises devront avoir réalisé un audit énergétique avant le 5 décembre sous peine de possibles sanctions, mais à moins de deux mois de l’échéance on est loin du compte selon les acteurs du secteur.

« A peu près un tiers des entreprises auront fait leur audit au 5 décembre », estime Fabrice Burgot, responsable technique national efficacité énergétique chez Dekra Industrial, entreprise qualifiée pour réaliser ces audits.

Cette obligation résulte de la transposition en novembre 2014 d’une directive européenne de 2012. Elle concerne toutes les entreprises de plus de 250 salariés ou réalisant plus de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Elles ont l’obligation de réaliser des audits énergétiques pour leurs consommations associées aux domaines du bâtiment, du transport et de l’industrie, sous peine d’une potentielle pénalité. Ces audits doivent être renouvelés tous les quatre ans.

Au moment de la publication du décret, le gouvernement avait estimé qu’environ 5.000 entreprises étaient concernées.

Dix mois plus tard, la mise en oeuvre est très lente.

« Il y a d’abord un manque d’information des entreprises », qui ne savent pas forcément qu’elles sont concernées, explique Guillaume Daill, ingénieur énergéticien à l’Ademe.

Mais le processus lui même retarde l’atteinte des objectifs. Si elle n’a pas les compétences pour réaliser cet audit en interne, ce qui est le plus souvent le cas, l’entreprise doit faire appel à un prestataire qualifié.

Et seuls quatre organismes ont la capacité de qualifier ces prestataires en France: Opqibi, Afnor, LNE et Icert, selon le site du ministère de l’Energie.

Résultat: mi-septembre, « il y avait environ 350 prestataires qualifiés pour le domaine du bâtiment, une centaine pour l’industrie et une vingtaine pour le transport », relève Guillaume Daill.

Un nombre qui crée « un goulet d’étranglement », selon Fabrice Burgot, qui affirme que Dekra Industrial recrute « presque deux personnes par mois » depuis fin 2014.

« Toutes nos ressources sont engagées » renchérit Mathieu Domon, responsable des clients aéronautiques de Bureau Veritas France, autre prestataire qualifié.

Le domaine le plus à la peine est celui des transports, avec une vingtaine de prestataires certifiés. « L’audit énergétique n’existait pas il y a deux ans sur ce secteur et la qualification a été organisée en janvier », explique Stéphane Mouchot, directeur général d’Opqibi, qui précise qu’il faut 4 à 5 mois pour qualifier un prestataire.

Et il y a eu « des surprises » dans les entreprises, ajoute-t-il, citant par exemple des bailleurs sociaux qui ont découvert l’importance des consommations de carburants de leur flotte de véhicules.

Face à cette situation, certains souhaiteraient voir la réglementation assouplie.

La date du 5 décembre « ne sera pas modifiée », car fixée par une directive européenne, a indiqué le ministère de l’Energie à l’AFP.

En revanche, « l’administration tiendra compte des efforts des entreprises pour s’engager dans le processus », précise-t-il, rappelant que cette réglementation « doit permettre aux entreprises de réaliser des économies d’énergie ».

Les entreprises qui auront déjà lancé au 5 décembre la procédure pour réaliser leur audit devraient donc échapper à des sanctions.

Les acteurs du secteur estiment par ailleurs que le respect de la date n’est pas le principal enjeu.

« Pour que ce soit utile pour les entreprises, avec un audit énergétique exploitable, il faut qu’il ait une certaine qualité et cela prend du temps », avance Guillaume Daill.

Car le rapport d’audit doit formuler des préconisations d’actions pour réduire les consommations d’énergie.

Et pour les prestataires, le vrai enjeu est là. L’audit – dont le coût peut varier « entre 4.000 et 30.000 euros », selon Fabrice Burgot – leur ouvre les portes du marché gigantesque de l’efficacité énergétique, évalué par l’Ademe à 45,6 milliards d’euros en France en 2012.

Les géants des services énergétiques comme EDF ou Engie sont d’ailleurs aussi présents sur le marché de l’audit.

© AFP

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