Les caféiculteurs d’Amérique centrale au défi du changement climatique

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Le producteur de café Adrian Hernandez inspecte le 25 août 2015 ses plants de café dans son exploitation de la province d’Heredia, à 17 km au nord de San José, au Costa Rica
© AFP EZEQUIEL BECERRA

Barva de Heredia (Costa Rica) (AFP) – « Jusqu’à récemment, je ne croyais pas beaucoup au changement climatique. Aujourd’hui, c’est clair »: Adrian Hernandez, producteur de café au Costa Rica, a dû se battre pour sauver sa culture après une année de sécheresse historique.

« Jamais en 23 ans à la tête de cette exploitation nous n’avions eu un hiver sans pluie », raconte-t-il à l’AFP lors d’une visite de ses cinq hectares situés à une quinzaine de kilomètres au nord de San José, à Barva de Heredia.

Certes, la sécheresse lui a permis d’éviter cette année la rouille du café, un champignon se développant durant les saisons humides et chaudes de plus en plus fréquentes ces derniers temps – autre signe du changement climatique – et qui, depuis trois ans, dévaste les caféiers d’Amérique centrale.

Mais elle a failli provoquer un autre désastre car le manque d’eau nuit à la floraison des plants de café et donc à la récolte.

« Il est très difficile de rester en activité. Nous sommes passés d’un à trois traitements fongicides par an. Et s’il ne pleut pas, il faut payer de grosses factures pour de l’arrosage artificiel, ce qui revient à travailler à perte », souligne Adrian Hernandez, un sexagénaire à la chevelure poivre et sel.

Sur l’isthme centraméricain, baigné par les océans Atlantique et Pacifique, le changement climatique est synonyme d’épisodes météorologiques toujours plus extrêmes : dépressions, ouragans, pluies intenses et sécheresses s’enchaînent, affectant l’agriculture, explique la biologiste Rocio Cordoba, coordinatrice régionale de l’Unité des milieux vivants et du changement climatique de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

« Nous observons des indices montrant que le climat est en train de changer. Auparavant, les paysans, quand ils semaient, le faisaient selon les mois de l’année. Cela n’existe plus désormais, les pluies de mai débutent plus tardivement et les périodes de canicule ne correspondent plus à celles auxquelles nous étions habitués », ajoute Mme Cordoba.

Pour cette experte, le mot-clé est « adaptation ». Et cela commence par une bonne gestion de l’eau.

Des milliers de producteurs d’Amérique centrale souffraient déjà des ravages de la rouille, apparue dans la région en 2012. Depuis cette date, 60% des plantations de la région ont été touchées, particulièrement sur la côte Pacifique.

« Face à l’agressivité de la rouille et aujourd’hui de la sécheresse, beaucoup de caféiculteurs ont abandonné leurs exploitations », affirme Francisco Ayala, producteur dans les montagnes de Tecapa Chinameca, dans l’est du Salvador.

Dans un contexte de baisse des cours des grains – 1,21 dollar la livre en août, selon l’Organisation internationale du café (OIC) – les producteurs locaux, à l’origine d’environ 9% du café mondial selon l’OIC, ont le plus grand mal à faire les investissements nécessaires pour s’adapter aux nouvelles conditions climatiques.

Les gouvernements tentent d’apporter leur aide, financière et technique, pour soutenir un secteur qui emploie jusqu’à deux millions de personnes en Amérique centrale.

« Cela aide, mais il faut comprendre que pour affronter le changement climatique, on doit mener les cultures de café de façon différente de ce qui a toujours été fait », insiste auprès de l’AFP l’ingénieur agricole Ricardo Rodriguez, de l’Institut du café du Costa Rica (Icafe).

Traitements, tailles, arrachages… « Il faut contrôler et renouveler les cultures pour avoir des plantes en conditions optimales de production, nous n’avons pas assez prêté attention à cela » jusqu’à présent, admet-il.

Adrian Hernandez dit l’avoir compris, raison pour laquelle il parvient encore à surmonter les difficultés. « Cette année, j’ai déjà appliqué deux fois des fongicides, presque trois, parce que c’est la seule façon de contrôler la rouille, mais en même temps, j’essaie d’autres variétés plus résistantes », poursuit-il.

Mais le renouvellement des plants de café est un processus lent et coûteux, que tous les producteurs ne pourront assumer, met en garde M. Rodriguez, qui en appelle aux gouvernement et aux organismes internationaux.

© AFP

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