L’électrosensibilité, un syndrome controversé

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Une chambre ananéchoïque, salle dont les parois absorbent les ondes sonores ou électromagnétiques sur le site de Liebherr-Aerospace Toulouse, à Toulouse, le 23 septembre 2011
© AFP/Archives Eric Cabanis

Paris (AFP) – L’hypersensibilité aux ondes électromagnétiques ou « électrosensibilité » qui concernerait jusqu’à 2% de la population fait débat entre des scientifiques sceptiques et des patients qui s’estiment confortés par la justice qui a accordé une allocation de handicap à l’un des leurs. Voici des explications en 5 questions/réponses.

Quels sont les principaux symptômes décrits par les personnes qui souffrent d’électrosensibilité ?

Maux de tête, vomissements, picotements, troubles du sommeil, irritabilité, les symptômes peuvent être très variés et communs à de nombreuses autres maladies. Les personnes qui en souffrent les attribuent souvent aux antennes-relais, les portables, les téléphones sans fil ou le wifi et affirment qu’ils disparaissent lorsqu’ils ne sont plus en contact avec ces appareils. 

« Dans les cas les plus graves, ils sont obligés de partir de chez eux et aller vivre dans des campings cars ou des masures au milieu de rien » relève Sophie Pelletier, porte-parole des associations Electrosensibles de France et Priartem. 

C’est le cas de Martine Richard, une ancienne dramaturge et réalisatrice de documentaires qui vit aujourd’hui recluse dans les montagnes de l’Ariège et qui a obtenu en juillet dernier du tribunal du contentieux de l’incapacité de Toulouse le droit à une allocation pour adulte handicapé.

Sait-on ce qui provoque ces symptômes ?

Non. L’électrosensibilité n’est pas officiellement reconnue comme maladie en France et fait l’objet de controverses entre experts, malades et associations écologistes. Ces dernières mettent en avant le principe de précaution et réclament la création de « zones blanches » ou « refuge » (sans ondes électromagnétiques) pour les électrosensibles.

Dès 2005, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait reconnu l’existence de symptômes potentiellement graves, pouvant varier d’un individu à l’autre, mais elle estimait qu’il n’existait ni critères clairs pour un diagnostic, ni base scientifique permettant de faire le lien à une exposition aux champs électromagnétiques. Le conseil scientifique de la Commission européenne (Scenihr) est arrivé à la même conclusion en mars dernier.

Pour l’Académie de médecine, il pourrait s’agir de « phobies ». Elle cite des études en aveugle ayant montré que les personnes électrosensibles « incriminent les ondes sans savoir faire la différence entre un émetteur de radiofréquence éteint ou allumé ». Elle reconnaît néanmoins que les électrosensibles éprouvent une « réelle souffrance » qui peut entraîner un « lourd handicap » et doit « être prise en charge comme une affection à part entière ».

Pour le Pr Dominique Belpomme, qui propose des consultations aux électrosensibles, en revanche « il est clair » que la maladie est « liée à des champs électromagnétiques ». « On part du postulat que ces malades sont des hypocondriaques et qu’on va les envoyer en psychiatrie » critique cet ex-praticien des hôpitaux, lui même controversé.

« Selon mon expérience, l’existence de ce syndrome n’est pas démontrée », dit le Pr Yves Agid, neurologue. « Attention à ne pas créer de nouvelles maladies qui ont d’autres explications », met en garde ce spécialiste.

Que font les autorités sanitaires ?

Dans un rapport général publié en 2013, se fondant sur plus de 300 études scientifiques parues dans le monde depuis 2009, l’agence nationale française de sécurité sanitaire (Anses) avait estimé que l’exposition aux ondes électromagnétiques pouvait provoquer des modifications biologiques sur les corps mais que les données scientifiques disponibles ne montraient pas « d’effet avéré sur la santé ». Elle avait néanmoins recommandé de réduire l’exposition des enfants aux téléphones portables.

Sous la pression des associations de malades, l’Anses a décidé de faire un nouveau rapport séparé sur l’électrosensibilité qui devrait être publié au début de l’an prochain.

Que signifie la décision du tribunal ?

L’association écologiste Robin des Toits a salué « un grand pas en avant pour la reconnaissance du syndrome d’électro-hypersensibilité, la justice – comme souvent – est en avance sur les politiques. » 

Mais, dans les milieux médicaux, on souligne que la justice peut constater le handicap ou la maladie sans se prononcer sur leurs causes, comme elle l’a déjà fait dans d’autres affaires de santé. Plusieurs laboratoires et même l’État ont été condamnés à indemniser lourdement des malades ayant développé une sclérose en plaques après des vaccins contre l’hépatite B sans qu’aucun lien scientifique de cause à effet n’ait été établi.

 

© AFP

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