Erosion littorale: l’activité humaine en cause, plus que le changement climatique

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érosion du litoral

Les dunes de Saint-Trojan-les-Bain s’érodent, le 29 janvier 2014 à l’île d’Oleron
© AFP/Archives Xavier Leoty

Bordeaux (AFP) – Des plages qui rétrécissent, des falaises qui se morcèlent, des dunes qui reculent: le réchauffement climatique est-il responsable de l’érosion littorale? Pas encore, répondent les experts qui pointent d’abord l’activité humaine pour expliquer le renforcement de ce phénomène naturel.

Plages réduites à Lacanau (Gironde) ou aux Sables d’Olonne (Vendée), dune en recul à la Couarde-sur-Mer (Charente-maritime), côte grignotée jusqu’au pied des habitations à Soulac-sur-mer (Gironde): les tempêtes hivernales de 2014 ont braqué les projecteurs sur les effets de l’érosion marine.

Le réchauffement climatique, avec comme première conséquence la hausse du niveau de la mer, est-il dès lors responsable de ce recul, parfois spectaculaire, du trait de côte? Et ce dernier est-il inéluctable, menaçant à terme toute une économie touristique?

« Il n’y a pas d’automaticité entre l’élévation du niveau de la mer et l’accélération du recul de la côte », nuance Yvonne Battiau-Queney, professeur émérite à l’Université de Lille et présidente de l’association de protection des littoraux EUCC-France, basée à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques).

L’érosion marine est d’abord un « phénomène naturel », récurrent et millénaire, rappelle la scientifique et, au fil des siècles, le trait de côte a toujours connu des « fluctuations ». « Autrefois, les hommes ne s’installaient pas sur les côtes sableuses, ils savaient que c’était mobile », abonde Patrick Bazin, responsable du département Gestion patrimoniale au Conservatoire du littoral.

Mais l’urbanisation du littoral depuis 150 ans a changé la donne, soulignent-ils.

« Dès le début du tourisme balnéaire, il fallait être au plus près de la mer, c’était le principe même de la promenade balnéaire où il fallait être vu », indique Yvonne Battiau-Queney. Dans cette logique, « presque toutes les stations, d’Hendaye (Pyrénées-Atlantiques) à Bray-Dunes (Nord), ont été créées sur les dunes littorales ».

Résultat: « Les échanges naturels entre la plage et sa réserve de sable qui l’alimentait en cas de tempête ont été rompus », explique-t-elle. Et les systèmes de digues ou d’enrochement, destinés à contrer l’érosion, au lieu d’améliorer la situation, entravent encore plus ces échanges.

L’universitaire cite l’exemple de Saint-Girons (Landes): la station a été construite de telle façon qu’il n’y a pas d’obstacle entre la dune et la plage et aucun phénomène d’érosion majeur n’y est perceptible. A l’inverse, à Lacanau, construite dans les années 1960 sur la dune, l’érosion s’accroît, alors que « cette côte n’était pas prédisposée à reculer, ayant même avancé d’1 km en 150 ans selon les cartes d’état-major ».

Pour autant, les effets du réchauffement climatique sur les côtes ne doivent pas être écartés, soulignent les experts. « Aujourd’hui, l’élévation du niveau de la mer n’est pas assez rapide pour causer une érosion des côtes suffisamment importante pour qu’elle soit observable de manière évidente », souligne Goneri Le Cozannet, ingénieur au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), organisme public.

Pour la suite, « cela dépendra de nos émissions à effet de serre », indique l’ingénieur. « Autant on ne pourra pas échapper à une aggravation des submersions marines lors des tempêtes, autant on peut encore échapper à un recul généralisé des côtes sableuses ».

Alors que faire? Recharger le stock de sable avec des systèmes de pompage, comme à Châtelaillon (Charente-Maritime) ou aux Sables d’Olonne, peut être une solution, explique Yvonne Battiau, « tout en faisant le bilan des coûts ».

Dans d’autres cas, la relocalisation des activités humaines est à étudier, comme le fait le Groupement d’intérêt public (GIP) créé en 2006 en Aquitaine pour planifier l’avenir du littoral.

Autre levier possible, la préservation de zones naturelles, dénuées de toute urbanisation, sortes « d’espaces tampons » permettant « d’amortir le phénomène de l’érosion et surtout celui de la submersion, plus dangereux », souligne Patrick Bazin.

Il cite, à titre d’exemple, le cas du Lido de l’or (Hérault): sur cette bande sableuse, située entre deux stations balnéaires, rachetée il y a une vingtaine d’années par le Conservatoire du littoral, la suppression d’une route construite sur la dune et qui servait de parking aux vacanciers permet progressivement à la plage de retrouver son stock de sable et d’endiguer l’érosion en cours.

Dans tous les cas, il est nécessaire « d’anticiper », martèlent les experts. « L’enjeu c’est d’arriver à montrer que la société peut évoluer autrement que sous le coup des événements catastrophiques », résume Patrick Bazin.

 

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