4000 morts par jour à cause de la pollution de l’air en Chine

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pollution de l'air

Victoria Harbour et Kowloon depuis l’île de Hong Kong, Hong Kong, Chine (22°17’ N – 114°10’ E). © Yann Arthus-Bertrand/Altitude

Presqu’un décès sur 5 en Chine est dû à la pollution de l’air : c’est ce qui ressort d’une étude publiée en août par une équipde de l’université de Berkeley aux Etats-Unis. A partir de relevés de terrain heure par heure et des données satellitaires, les scientifiques ont étudié la pollution aux particules fines PM2,5 du 5 avril 2014 au 5 aout 2014. Les PM 2,5 sont des particules de matières dont la taille ne dépassant pas les 2,5 microns. En raison de leur taille infime, ces particules pénètrent dans les tissus et les poumons : elles sont responsables de l’asthme, de maladies respiratoires et cardiovasculaires. L’étude vient d’être publiée dans la revue PLOS ONE sous le titre Air Pollution in China: Mapping of Concentrations and Sources (Pollution de l’air en Chine : cartographie des concentrations et des sources).

Les chercheurs de Berkeley Earth ont constaté qu’une grande partie de la population chinoise respire un air nocif pour la santé. 92 % de la population a été exposé pendant plus de 120 heures consécutives à des niveaux de PM2,5 supérieurs ax seuil de 10 μg/m3  recommandé par l’Organisation Mondiale de Santé (OMS). En effet, la moyenne d’exposition aux PM2,5 était comprise entre 46 et 52 μg/m3.

La pollution aux particules fines coïncide avec la pollution au soufre et provient principalement des émissions des centrales thermiques au charbon. « Pékin ne constitue qu’une source modérée de PM 2,5, la pollution touchant la ville provenant principalement de zones industrielles éloignées, notamment Shijiazhuang, située 200 miles au sud-ouest », a déclaré Robert Rohde, co-auteur de l’article.

Après avoir établi une carte de la pollution, les scientifiques ont employé une méthodologie de l’OMS pour évaluer la mortalité en fonction de la concentration en PM2,5 et ses conséquences sur 5 maladies. Ils ont ainsi estimé que la pollution aux particules fines entraine en moyenne 1,6 millions de morts prématurées par an en Chine. Soit 17 % des morts du pays. Soit une moyenne de 4000 morts par jour imputable à la pollution. Ils admettent toutefois que : « la conversion des concentrations de pollution en taux de mortalité est compliquée ».

« La pollution de l’air constitue la plus grave catastrophe environnementale du monde d’aujourd’hui, » a déclaré Richard Muller, directeur scientifique de Berkeley Earth, co-auteur de l’article. Par ailleurs, Elizabeth Muller, directrice exécutive de Berkeley Earth, a déclaré : « Il est troublant de constater qu’alors que la pollution de l’air entraîne la mort d’un si grand nombre de personnes, elle ne figure pas sur le radar des organisations environnementales majeures des États-Unis ou d’Europe. » Elle préconise notamment d’utiliser plus d’épurateurs, d’améliorer l’efficacité énergétique, ainsi que de remplacer le charbon par le gaz naturel, l’énergie nucléaire et les énergies renouvelables. Des mesures qui participent aussi aux efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Le New York Times note que cette étude survient au moment où Pékin a obtenu l’organisation des Jeux Olympiques d’hiver de 2022. Et surtout que « le gouvernement chinois porte une grande attention à l’accès aux données montrant que la pollution de l’air tue. Même si les autorités permettent un plus large accès aux données, les censeurs effacent régulièrement de l’Internet chinois et des réseaux sociaux les informations qui montrent que le gouvernement peine à réduire la pollution ». Ainsi, en mars dernier, un documentaire en ligne sur la pollution avait été vu par plusieurs centaines de millions de Chinois avant d’être effacé des sites chinois.

A titre de comparaison, en Ile-de-France, le niveau de PM2,5 dans l’air avoisine annuellement les 15 μg/m3 pour 2014, d’après Airparif. L’association Respire rappelle que l’OMS «  recommande, elle, une valeur de 10 μg/m3 » pour les particules PM2,5. En France, 42 000 personnes décèdent prématurément à cause de la pollution de l’air chaque année, d’après le ministère de l’écologie (sur 550 000 personnes sont décédés en France toutes causes confondues). Une étude du Sénat français a récemment évalué le cout économique de la pollution de l’air à plus de 100 milliards d’euros.

Julien Leprovost

 

 

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