Les satellites, précieux témoins du réchauffement climatique

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Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius (g) et Jean-Yves Le Gall, président du Cnes, l’agence spatiale française (d), au Salon international de l’aéronautique et de l’espace du Bourget, près de Paris, le 18 juin 2015
© AFP ERIC PIERMONT

Le Bourget (France) (AFP) – Ils surveillent la fonte des glaces, la température des océans, l’élévation du niveau de la mer… Les satellites sont les vigies de l’espace. Ils seront peut-être appelés demain à contrôler le respect des engagements pris par les pays en matière de réduction des gaz à effet de serre.

Sur les 50 variables climatiques essentielles à la compréhension du climat, 26 sont observées depuis l’espace.

Le spatial, qui « joue un rôle majeur » pour mesurer les variations climatiques, pourra aussi aider à « contrôler » le respect des engagements pris dans le cadre de la conférence sur le climat fin 2015, a déclaré à l’AFP Jean-Yves Le Gall, président du Cnes, l’agence spatiale française, au Salon international de l’aéronautique et de l’espace du Bourget.

La 21ème conférence sur le climat se tiendra du 30 novembre au 11 décembre sur ce même site du Bourget, près de Paris. La communauté internationale s’est fixé comme objectif d’aboutir au tout premier accord universel pour lutter contre le dérèglement climatique.

« Un accord, c’est bien beau mais encore faut-il s’assurer qu’il est appliqué », a déclaré M. Le Gall. « Ce n’est qu’à partir de l’espace que l’on peut vraiment le faire », a-t-il affirmé.

Les satellites savent déjà effectuer des mesures globales des concentrations de gaz à effet de serre, comme le dioxyde de carbone et le méthane.

« Il faudrait qu’ils fassent aussi des mesures locales, ce qui demande d’améliorer leur résolution. Nous sommes en train de travailler dessus », a ajouté M. Le Gall.

« A l’horizon de dix ans, on peut imaginer d’avoir des satellites dotés d’instruments plus précis, plus adaptés à ces problématiques », déclare à l’AFP Pascal Lecomte, chef du bureau Climat à l’Agence spatiale européenne (ESA).

Après, en cas de fortes émissions de gaz à effet de serre, « ce n’est pas à nous de dire que +c’est la faute à untel+ ». « C’est un peu comme si nous étions sur une scène de crime. Nous sommes là pour ramasser et étudier les indices. Après ce sera au juge de décider », ajoute-t-il.

« Cela devient un choix politique ». « Aujourd’hui, les gouvernements ne peuvent pas se froisser entre eux. Aucun n’est ni blanc, ni noir » dans ce domaine, a-t-il considéré.

Les satellites ont déjà beaucoup à faire pour accumuler les preuves du réchauffement de la planète.

Pour appréhender l’évolution du climat, il est nécessaire de disposer de séries de mesures sur au moins 30 ans. Les satellites sont « d’excellents outils » car ils fournissent des données homogènes sur tout le globe, y compris dans les zones inaccessibles, souligne M. Lecomte.

En revanche, leur durée de vie limitée – une dizaine d’années maximum – pose un vrai problème de continuité. Lorsque leur successeur se fait attendre notamment pour des raisons budgétaires, il peut y avoir des périodes sans mesures, regrette-t-il.

Après la fin en 2012 du satellite européen d’observation de la Terre Envisat, il y a eu « un trou de quelques années » avant que la série des Sentinel ne commence à le remplacer. Sentinel-1A a été lancé en 2014 par l’ESA. Sentinel 2-A doit être lancé le 22 juin depuis la Guyane française. Sentinel 3-A suivra.

« Lorsqu’il y a des trous, on s’appuie sur les nombreux autres satellites dans le monde pour combler les manques », explique M. Lecomte.

Grâce à Copernicus, l’ambitieux programme européen de surveillance de la Terre (4,29 mds d’euros pour la période 2014-2020), l’Europe sera à l’abri de ce genre d’interruption pour plusieurs années car « nous avons une série de satellites garantis et financés ».

En matière de données climatiques, l’union fait la force. « On ne peut pas travailler de façon isolée. Nous avons besoin de toutes les informations disponibles dans le monde ».

« Il nous faudrait l’équivalent de Copernicus aux Etats-Unis », relève M. Lecomte. Mais ce n’est pas d’actualité. L’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) a vu son budget réduit et peine à obtenir des financements pour le climat, souligne-t-il.

© AFP

 

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