France: léger tour de vis sur la vente des herbicides au glyphosate aux particuliers

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Un bidon de Roundup de Monsanto dans une jardinerie à Lille, le 15 juin 2015
© AFP PHILIPPE HUGUEN

Paris (AFP) – Ségolène Royal veut interdire dès le 1er janvier la vente en libre service aux particuliers des herbicides contenant du glyphosate, dont le fameux Roundup de Monsanto, une mesure symbolique à la portée limitée contre cette substance classée « cancérogène probable ».

Un « amendement à la loi de transition énergétique interdira le glyphosate en vente libre au 1er janvier 2016 », a indiqué la ministre de l’Ecologie mardi, à l’occasion d’un déplacement dans une jardinerie du Val-de-Marne.

Le glyphosate est le premier désherbant utilisé par les quelque 17 millions de jardiniers amateurs en France. C’est le principe actif du Round Up, un produit phare du groupe américain Monsanto.

Les particuliers pourront continuer à se fournir en pesticides contenant du glyphosate mais « ce sera une vente assistée, une vente au comptoir comme dans une pharmacie », a expliqué le président du groupe Jardiland, Thierry Sonalier, qui accueillait la ministre.

Le plan Ecophyto 2 du gouvernement, qui vise à réduire de 50% l’utilisation des pesticides en France d’ici 2025, prévoyait déjà la fin en 2018 de la vente en libre service aux particuliers de tous les produits phytosanitaires (produits chimiques pour les plantes).

La mesure annoncée par Ségolène Royal sur le glyphosate ne concernera que les ventes en libre service aux particuliers, et non aux professionnels, de ce produit considéré par l’Organisation mondiale de la santé comme un « cancérogène probable » pour l’homme. Un amendement sera déposé lors de l’examen du projet de loi sur la transition énergétique en juillet au Sénat.

Les particuliers répandent tous les ans 2.000 tonnes dans leur jardin. Les agriculteurs et autres professionnels en utilisent environ 8.500 tonnes.

Les magasins « qui se mettront en adaptation à la loi » avant son entrée en vigueur « obtiendront des aides financières dans le cadre du plan Ecophyto », a précisé Ségolène Royal.

Cette aide « servira à aider à former les salariés pour le conseil » et à « débarrasser les rayons de ces produits », a-t-elle expliqué. Les jardineries et détaillants devront proposer des produits et méthodes de jardinage plus écologiques.

« Dès lors que les particuliers seront informés, ils vont vouloir protéger leur santé » et donc renoncer à acheter ce genre de produits, veut croire la ministre.

Reste que le glyphosate est surtout massivement utilisé par les agriculteurs, et non les particuliers. « Les agriculteurs, c’est le ministre de l’Agriculture qui s’en occupe », a répondu Mme Royal.

« Pour le glyphosate, on ne touche pas à l’agriculture alors que c’est quand même de très loin le plus gros utilisateur », regrette François Veillerette, porte-parole de l’ONG Générations futures. « C’est des milliers et des milliers d’hommes employés dans l’agriculture à tout bout de champ, et puis les gens qui habitent dans les zones agricoles car on retrouve des traces dans l’eau. Donc, si on est cohérent, le glyphosate, c’est dangereux partout, pas seulement pour les amateurs ».

De surcroît, « le glyphosate est en cours de ré-homologation pour 10 ans au niveau européen », a-t-il noté.

L’ONG aimerait « voir le ministre de l’Agriculture et la ministre de l’Ecologie dire qu’il faut absolument intervenir au niveau européen pour que le glyphosate n’ait pas un renouvellement d’autorisation ». Mais, souligne-t-elle, « ça demanderait un gros courage politique ».

Pour Anaïs Fourest, de Greenpeace, « une utilisation conseillée, c’est toujours une utilisation ».

Surtout, « le problème est celui des pesticides dans leur ensemble », ajoute-t-elle, réclamant des « mesures fortes de réduction » de leur usage dans l’agriculture.

L’agriculture française est en effet très gourmande en pesticides, massivement utilisés notamment pour traiter les arbres fruitiers et les vignes. L’utilisation de produits chimiques en agriculture a progressé de 5% par an en moyenne entre 2009 et 2013.

Pour l’Union des entreprises pour la protection des jardins et espaces publics (UPJ, fabricants de phytosanitaires), Mme Royal s’est contentée d’un « effet d’annonce ». « Le plan Ecophyto prévoit la vente assistée de ces produits à partir de 2018 puis leur interdiction à la vente en 2022 », rappelle son directeur, Jacques My.

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