Climat : à Bonn, les négociations butent sur des virgules

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Bonn

Les délégués participent à la convention de l’ONU sur le climat à Bonn, en Allemagne, le 1er juin 2015
© AFP/Archives PATRIK STOLLARZ

Bonn (AFP) – « Deux pas en avant, un pas en arrière, c’est un peu comme du tango », résume un délégué pour expliquer l’état des négociations sur le climat à Bonn, engluées dans le toilettage d’un texte d’accord illisible à ce stade.

Ni le volontarisme affiché lundi par le G7 en Bavière, à quelques centaines de km de là, ni les résultats encourageants d’une étude sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) de la Chine n’auront suffi à créer un sursaut permettant de faire avancer les tractations en cours depuis le 1er juin.

A tel point que les délégations elles-mêmes ont sonné l’alarme. Car une fois la session de Bonn close, jeudi, il ne restera que dix jours de discussions officielles à l’automne, avant la tenue de la conférence de Paris censée déboucher en décembre sur un accord universel contre le réchauffement climatique.

« Il est urgent de faire plus de progrès substantiels et d’avancer à un rythme plus soutenu », a déclaré en séance lundi Nozipho Mxakato-Diseko, représentante du Groupe des 77 (pays en développement + Chine).

« Si nous n’avons pas très vite un texte plus condensé, ce sera très difficile d’assurer un succès à Paris », a prévenu le Maldivien Amjad Abdulla, pour l’Alliance des petits Etats insulaires, en demandant, à l’unisson d’autres délégations, aux présidents des débats de soumettre une proposition de texte toilettée.

Pour le Péruvien Gabriel Quijandria, vice-président du Fonds vert pour le climat, les Etats devraient même donner mandat aux présidents pour continuer à travailler au projet cet été : « Ce qu’il faudra, c’est chercher un compromis avant de partir (de Bonn) pour leur donner un mandat », a-t-il dit à l’AFP.

Après avoir passé trois fois le texte au peigne fin, les négociateurs n’ont que très peu réduit ce bloc de 80 pages (130 en français), éliminant quelques répétitions sans s’attaquer au fond.

A la dernière session de négociations en février à Genève, il avait été décidé d’y inclure les propositions de tous les Etats membres, manière de rétablir la confiance des pays en développement, parfois échaudés dans le passé.

Car le futur accord espéré à Paris, tout premier accord universel sur le climat, sera adopté par consensus : il devra rallier tout le monde, rappelle un délégué européen.

« Le mode de mise en forme de l’accord de Paris est trop lent. Mais cela n’enlève rien à la valeur du processus international sur le climat », souligne David Waskow, de l’institut de recherches World Resources Institute.

Mais peaufiner un texte à 196 est compliqué. Divisés en groupes, les délégués examinent chaque paragraphe, rechignent souvent à voir leurs formulations disparaître au profit de formulations voisines, raconte un témoin de ces séances, non ouvertes à la presse.

« Les sessions sont un peu surréalistes, quand on les entend négocier sur une virgule, un point virgule, qui n’a pas la même signification, » relève Romain Benicchio d’Oxfam, ONG au statut d’observateur. « Le problème n’est pas la méthode mais le mandat politique : est-ce que les négociateurs ici ont le mandat suffisant pour avancer? »

Le but de cette session est de pouvoir présenter un texte lisible aux gouvernements, qui devraient entrer peu à peu dans l’arène des négociations à compter de l’été, notamment lors de réunions ministérielles à Paris en juillet.

D’ici la conférence de Paris, le chantier reste énorme, avec beaucoup de sujets en suspens : le financement des politiques climat, la forme juridique de l’accord, ou encore les procédures de contrôle des engagements nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre, source du réchauffement.

Les déclarations du G7 lundi en faveur d’un objectif mondial de réduction des émissions de GES ne sont pas accompagnées de mesures nationales concrètes, notent les ONG du Réseau action climat. Sans compter l’inconnue de l’attitude de la Chine qui n’a pas encore publié ses engagements.

Mardi, une étude scientifique sur la fonte du permafrost, présentée en marge de la réunion, est venue rappeler l’urgence à agir, ces sols gelés contenant à eux seuls 1.500 milliards de tonnes de gaz à effet de serre.

© AFP

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