Le charbon dans le viseur en Europe mais carburant massif des émergents

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Une usine de New Delhi, le 19 février 2015
© AFP/Archives Money Sharma

Paris (AFP) – Entreprises, banques et fonds d’investissement, surtout européens, multiplient ces dernières semaines les annonces de désinvestissement du secteur du charbon, encourageantes pour la réduction des émissions de CO2, mais qui pèsent encore peu face à l’appétit grandissant de certains pays émergents.

Vendredi, la Norvège a entériné l’obligation faite à son fonds souverain, le plus gros du monde, de se désengager des entreprises dont une part substantielle de l’activité est liée au charbon.

En début de semaine, le groupe Total s’est engagé à sortir des activités qu’il possède dans ce secteur, notamment en Afrique du sud où le géant pétrolier intervient dans la production et la commercialisation du charbon.

Fin mai, c’est l’assureur français Axa qui a annoncé le retrait de ses investissements dans les entreprises les plus consommatrices de charbon à hauteur de 500 millions d’euros d’ici à la fin de l’année.

Il suivait de peu la banque Crédit Agricole qui a décidé de réduire son exposition au charbon, en ne finançant plus que certaines centrales sous certaines conditions.

Même l’Église d’Angleterre (anglicane) qui gère 12,4 milliards d’euros d’actifs, veut abandonner ses investissements dans la plus polluante des énergies fossiles.

Si ces annonces sont importantes dans la perspective de la lutte contre les émissions de CO2, notamment par le signal qu’elles envoient, elles ne sont qu’une goutte d’eau.

« Le charbon est toujours la colonne vertébrale de la production d’électricité dans le monde », affirmait en décembre la directrice exécutive de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) Maria van der Hoeven.

Car, selon l’institution, la demande mondiale de charbon va continuer à croître d’ici à 2019, même si ce sera à un moindre rythme (+2,1% par an) qu’entre 2010 et 2013 (+3,3%).

Si la Chine, premier utilisateur mondial de charbon, a légèrement réduit sa consommation l’an dernier, selon les chiffres du cabinet Enerdata, le pays représentera encore les trois cinquièmes de la hausse de la demande d’ici à 2019.

Fin 2014, le charbon était toujours à l’origine de 73% de la production électrique du pays.

« Le pays a annoncé 500 gigawatts de projets de centrales à charbon dans les années à venir », indique Nathalie Desbrosses, responsable de l’analyse des marchés de l’énergie à Enerdata. C’est l’équivalent de plus de 500 réacteurs nucléaires.

Et d’autres émergents sont sur ses talons. L’Inde notamment, qui a vu sa consommation s’envoler de 11% l’an dernier, après une croissance de près de 7% en 2013. Le pays est en train d’investir massivement pour sortir d’une situation de sous-capacités de production d’électricité.

Depuis l’an dernier, le charbon représente 74% de son bouquet électrique, devant la Chine donc, et le pays est passé devant les États-Unis en volume de consommation.

Exemple emblématique: le vaste projet minier (11,8 milliards d’euros) du groupe indien Adani en Australie près de la Grande barrière de corail. Alors qu’une dizaine de banques européennes et américaines se sont engagées à ne pas le financer, le groupe a assuré que cela n’aurait « aucune incidence » sur ses opérations.

Outre l’Inde, la demande de charbon sera aussi tirée dans les prochaines années par d’autres pays d’Asie du sud-est, mais aussi le Japon et la Corée du sud, anticipe l’AIE.

Et même en Europe, l’attitude de certains États est ambivalente. En avril, le gouvernement norvégien a ainsi déboursé quelques 50 millions d’euros pour sauver la compagnie minière Store Norske, qui extrait du charbon dans l’Arctique.

Face à ce mouvement inéluctable mais « insoutenable », selon l’AIE, une solution pour atténuer son impact sur les émissions de CO2 serait de développer la capture et la séquestration du CO2 et de concentrer les investissements dans des centrales à charbon plus efficaces, dites supercritiques.

Mais, selon une étude publiée il y a quelques mois dans la revue Nature, pour limiter le réchauffement climatique à 2 degrés, il faudrait que la Chine et l’Inde renoncent à exploiter près de 70% de leurs réserves de charbon, l’Afrique presque 90%, l’Europe 78% et les Etats-Unis 92%.

 

© AFP

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