Norvège: le plus gros fonds souverain au monde va se désengager du charbon

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Le fonds de pension public norvégien devra s’abstenir d’investir dans les compagnies minières ou énergétiques où le charbon représente plus de 30% de l’activité ou du chiffre d’affaires © AFP/Archives Patrik Stollarz

Oslo (AFP) – Le fonds de pension public norvégien, le plus gros fonds souverain au monde, va devoir se désengager des entreprises dont une part substantielle de l’activité est liée au charbon, selon un accord conclu mercredi soir au Parlement.

Au terme de l’accord trouvé à l’unanimité au sein de la Commission des Finances, le fonds qui pèse environ 820 milliards d’euros devra s’abstenir d’investir dans les compagnies minières ou les énergéticiens pour qui le charbon représente plus de 30% de l’activité ou du chiffre d’affaires.

« Les investissements dans le charbon peuvent représenter un risque pour le climat et un risque financier futur » avec la possible dévalorisation des énergies fossiles dans le cadre des efforts contre le réchauffement planétaire, a estimé Svein Flåtten, député du parti conservateur au pouvoir.

L’avancée a été saluée par les défenseurs de l’environnement qui militaient pour que le fonds – lui-même alimenté par les revenus pétroliers de l’État norvégien – se désengage totalement de cette source d’énergie fossile.

« Nous avons gagné! La Norvège va vendre! Les décideurs politiques éjectent le charbon du fonds pétrolier », s’est félicité la branche norvégienne de Greenpeace sur Twitter.

Le gouvernement de droite, minoritaire au Parlement, s’était à ce stade contenté de proposer d’élargir le code d’éthique régissant la gestion du fonds avec un nouveau critère prévoyant de rester à l’écart des entreprises responsables « d’un niveau inacceptable » d’émissions de gaz à effet de serre.

Mais il avait jusqu’à présent résisté aux appels de l’opposition demandant une sortie pure et simple du charbon.

« Le charbon est unique en ce qu’il est la source de la plus grande partie des émissions de gaz à effet de serre, et c’est donc une grande victoire pour le climat », a souligné Torstein Tvedt Solberg, un responsable de l’opposition travailliste.

Pour des raisons strictement financières, le fonds s’est de lui-même désengagé ces dernières années de dizaines d’entreprises (extraction de charbon, sables bitumineux, production de ciment…), estimant que leur modèle économique n’était plus tenable en raison de l’impact environnemental ou climatique.

Fin mars, ses actifs dans les producteurs de charbon « purs » étaient tombés à moins de 500 millions de couronnes (59 millions d’euros) mais ce chiffre exclut notamment les participations détenues dans les compagnies où le charbon côtoie d’autres métiers.

L’accord de mercredi doit encore être entériné par la Parlement, a priori une simple formalité.

Il est d’autant plus important que les décisions du fonds norvégien, qui contrôlait l’équivalent de 1,3% de la capitalisation boursière mondiale fin 2104, sont souvent imitées par d’autres investisseurs.

L’Église d’Angleterre, des groupes financiers comme Axa ou le Crédit Agricole, ou encore des municipalités et universités américaines ont aussi annoncé récemment la réduction de leur exposition au charbon alors que Paris va accueillir en décembre une conférence internationale visant à contenir le réchauffement climatique.

En Norvège, certains dénoncent toutefois un paradoxe dans la mesure où le gouvernement a accepté en avril de sauver la compagnie minière Store Norske qui extrait du charbon dans l’archipel reculé du Svalbard (Spitzberg) dans l’Arctique en y injectant 500 millions de couronnes.

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