Dans le centre de l’Angleterre, des chaises poussent sur les arbres

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Des chaises sont « cultivées » par Gavin Munro, l’homme à la tête d’une curieuse plantation mêlant art, design et arboriculture à Wirksworth, dans le centre de l’Angleterre le 28 avril 2015 © AFP OLI SCARFF

Wirksworth (Royaume-Uni) (AFP) – Les promeneurs s’aventurant aux alentours de Wirksworth, bourg médiéval du centre rural de l’Angleterre, peuvent buter sur une étrange pépinière: des arbres qui s’enroulent amoureusement autour de blocs de plastique bleu les invitant à prendre la forme ici d’une chaise, là d’un abat-jour.

Quelques centaines de meubles – des chaises, des abat-jour mais aussi de petites tables ou des cadres de miroir – sont ainsi « cultivés » par Gavin Munro, l’homme à la tête de cette curieuse plantation mêlant art, design et arboriculture.

Sa société, Full Grown, a déjà présenté quelques prototypes de ces meubles qui, une fois ôtées les formes en plastique bleu, sont faits d’une seule et unique pièce de bois.

« C’est un peu comme un vignoble. Vous devez attendre quelques années pour que tout démarre », explique à l’AFP Gavin, qui s’est lancé dans ce projet il y a une dizaine d’années.

Il ne suffit pas seulement de planter les arbres et de les laisser croître tranquillement. Gavin doit sans cesse s’en occuper et être à l’écoute de leur inclinaison naturelle.

« Ils ne prennent pas la forme d’une chaise tout seul mais on ne peut pas non plus les forcer à faire ce qu’ils ne veulent pas », détaille le designer âgé de 40 ans.

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Des chaises sont « cultivées » par Gavin Munro, l’homme à la tête d’une curieuse plantation mêlant art, design et arboriculture à Wirksworth, dans le centre de l’Angleterre le 28 avril 2015
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Sur le terrain d’un hectare qu’il a loué sur un domaine agricole qui compte aussi une micro-brasserie, un fumoir, des champs de fleurs et beaucoup de moutons, Gavin met patiemment en forme ses arbres, à grand renfort de soins, d’élagage, de recépage et de greffage.

Pour engendrer une chaise, les saules ont besoin de quatre à cinq ans, les chênes jusqu’à neuf ans. L’artiste-cultivateur travaille également avec des frênes, des noisetiers, des pommiers sauvages et des sycomores.

« L’homme taille les arbres depuis la préhistoire. La plupart des choses que nous faisons remontent à l’âge de pierre », rappelle Gavin. « Nous partons de l’évolution naturelle de l’arbre et nous exerçons la torsion la plus subtile possible ».

« Au début, je les torturais et ça ne marchait pas », confie-t-il. Les désherbants chimiques utilisés dans les premiers temps ont causé plus de mal que de bien, de sorte que les méthodes naturelles leur sont maintenant préférées: par exemple le lait, pour lutter contre l’oïdium, une maladie causée à certains végétaux par un champignon.

Chaque jour, Gavin inspecte attentivement ses plantations, armé de sécateurs.

« A tout moment, il y a une branche qui est au bon endroit pour entamer quelque chose et vous devez la trouver », explique-t-il. « Il n’est pas forcément évident de distinguer les pousses et les branches qu’il faut garder de celles qu’il faut couper ».

C’est dans son enfance que Gavin a puisé son inspiration. Sa mère avait un bonsaï qui ressemblait à un trône. Et il dut subir étant jeune une lourde opération de la colonne vertébrale. « Cela m’a fait penser au greffage et à la manière dont les choses s’assemblent », se souvient-il.

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Des chaises sont « cultivées » par Gavin Munro, l’homme à la tête d’une curieuse plantation mêlant art, design et arboriculture à Wirksworth, dans le centre de l’Angleterre le 28 avril 2015
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Gavin a étudié le design mobilier à Leeds (nord de l’Angleterre) et façonnait des objets à partir de bois flottant en Californie quand l’idée lui est clairement apparue: « J’assemblais de gros morceaux et j’ai eu une illumination: l’idée que si nous cultivions les choses que nous voulons directement dans la forme souhaitée, il n’y aurait pas de perte », raconte-t-il.

Sitôt rentré au Royaume-Uni en 2005, Gavin met cela en pratique et commence à planter des arbres.

Une décennie plus tard, les fruits de son travail ne sont pas encore prêts à être cueillis. Les premières chaises seront récoltées fin 2016, puis rabotées et finalisées avant d’être vendues l’année suivante.

« Je ne verrai les conséquences de mon travail de ce matin que dans cinq ans, au plus tôt », admet Gavin. « C’est un véritable exercice de foi que de continuer à le faire ».

Heureusement, un investisseur apporte les fonds nécessaires le temps que les meubles mûrissent.

Les chaises seront vendues 2.500 livres (3.400 euros) et les abat-jour coûteront au minimum 900 livres (1.270 euros). La société a déjà réalisé des préventes, principalement en France et aux États-Unis, mais aussi à Londres, à Hong Kong, en Allemagne et en Espagne.

Pendant ses huit premières années, le projet de Gavin n’a eu qu’un écho très local. Aujourd’hui « en ville, quelques personnes sont enthousiastes, d’autres pensent que nous sommes fous », s’amuse le designer.

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