La mission solitaire du sénateur américain qui croit au réchauffement climatique

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Le sénateur démocrate Sheldon Whitehouse à Washington DC, le 14 mai 2015 © AFP Mandel Ngan

Washington (AFP) – Il parle souvent seul devant les caméras de l’hémicycle du Sénat des Etats-Unis. Le sénateur démocrate Sheldon Whitehouse implore depuis trois ans ses collègues de « se réveiller » face aux dangers du réchauffement climatique, un sujet complètement ignoré par la majorité républicaine.

Lundi, il reprendra le chemin de l’hémicycle pour prononcer son centième discours sur le climat, une odyssée verbale sans précédent, mais qui n’a, de l’aveu-même de l’intéressé, été que peu fructueuse à ce stade.

Une loi sur l’instauration de quotas d’émission de CO2 a été adoptée par la Chambre des représentants au début du mandat de Barack Obama mais est restée lettre morte au Sénat. L’exécutif américain a annoncé de nouvelles normes d’émission pour les centrales thermiques, mais au Congrès les républicains tentent de les annuler. Tout comme l’accord bilatéral annoncé en novembre avec la Chine.

« C’est un peu gênant », s’agace Sheldon Whitehouse, dans une interview à l’AFP. « Nous nous voyons comme un modèle de démocratie, mais nous sommes incapables de nous confronter à une question que le reste du monde voit de plus en plus comme un problème et sur lequel notre leadership est attendu ».

Sur les murs de son bureau du Congrès sont accrochées des photos des falaises de l’Etat qu’il représente, le petit Rhode Island, dans le nord-est du pays, affecté selon lui directement par le réchauffement climatique: il y a ces familles dont les terrains ont été lentement mangés par l’océan, et ces pêcheurs qui ne trouvent plus les poissons plats qui ont fui les eaux réchauffées de la baie de Narragansett.

Toutes les semaines ou presque, quand le Sénat est en séance, Sheldon Whitehouse installe près d’un pupitre de l’hémicycle la même pancarte verte, désormais cornée et où sont inscrits en lettres capitales: « c’est l’heure de se réveiller », (Time to Wake Up), son slogan.

Il souligne que 97% des scientifiques ont conclu que l’activité humaine accélérait le changement climatique, et il dénonce sans relâche l’attitude des républicains, des « somnambules » en marche vers la catastrophe, intimidés par le puissant secteur des énergies fossiles.

« L’industrie est extrêmement déterminée et très dure, elle a lancé une campagne de désinformation et de trafic d’influence politique très vigoureuse, elle s’accroche pour ne pas disparaître, et elle essaie de forcer le parti républicain à devenir son aile politique », accuse Sheldon Whitehouse.

« Les élus du Congrès font l’autruche » alors que des géants comme Coca-Cola et Walmart tentent de réduire leur facture carbone, dit-il.

La comparaison s’impose, pour le démocrate, avec les dénégations de l’industrie du tabac sur les risques de cancer liés à la cigarette pendant des décennies.

Son adversaire principal préside la commission de l’Environnement du Sénat: le républicain James Inhofe.

Pour cet élu de l’Oklahoma, la responsabilité de l’homme dans le réchauffement de la planète est une vue de l’esprit. Il a lancé une boule de neige dans l’hémicycle en janvier pour semble-t-il prouver que les températures continuaient à chuter pendant l’hiver.

Christine Todd Whitman, l’ancienne directrice (républicaine) de l’Agence de protection de l’environnement EPA, estime que la passivité des républicains dits modérés est en partie responsable de la diabolisation de la question climatique. « On a laissé la voix des sceptiques gagner en crédit », regrette-t-elle.

Mais Sheldon Whitehouse veut croire que pour la présidentielle de 2016, « aucun candidat républicain ne pourra être élu en continuant à dire +le changement climatique est un canular+, ou +je ne suis pas un scientifique+ », cette dernière formule étant la favorite des républicains cherchant à éluder la question.

Parfois, des collègues de l’autre bord lui confient qu’ils soutiennent sa croisade, tout en ne pouvant pas le faire publiquement. « Aucun sénateur ne veut être le premier amiral à être pendu pour avoir froissé l’industrie des énergies fossiles ».

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