Pesticides: plainte contre X pour briser « l’omerta »

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Une vigne en France
© AFP/Archives PHILIPPE HUGUEN

Paris (AFP) – La famille d’un vigneron bordelais décédé d’une maladie liée à l’utilisation de pesticides a déposé plainte contre X lundi à Paris, avec l’espoir de briser « l’omerta » régnant selon elle sur l’impact sanitaire de ces substances.

Cette dénonciation pour « homicide involontaire » est « la première plainte pénale en France » dans ce type de dossier, a assuré l’avocat François Lafforgue, qui représente la famille, au cours d’une conférence de presse. Elle a été déposée devant le Pôle de santé publique du TGI de Paris, avec le soutien de deux ONG, Générations Futures et Phyto-Victimes.

Le vigneron James-Bernard Murat est mort en décembre 2012 d’un cancer dont le caractère professionnel, lié à l’utilisation d’arsénite de sodium, avait été reconnu en février 2011.

Il a utilisé pendant 42 ans, « de 1958 à 2000, de l’arsénite de sodium pour traiter ses vignes contre l’esca », une maladie due à des champignons parasites, a expliqué sa fille Valérie Murat.

« Jamais aucun professionnel des chambres d’agriculture, des institutions, des distributeurs, des représentants des firmes n’avait parlé de la dangerosité de ce produit », a-t-elle affirmé. « Je voudrais alerter les professionnels qui, comme mon père, ont utilisé ce produit pendant des années », a-t-elle ajouté.

Il est interdit en France depuis novembre 2001.

La plainte vise à « dégager toutes les responsabilités », a déclaré Me Lafforgue: celle « des fabricants de pesticides, qui n’ont pas informé les utilisateurs de la dangerosité des produits, des mesures de protection à prendre, de leur composition », mais aussi celle des « services de l’Etat ».

C’est en effet « avec la complaisance de l’Etat que ces produits ont été laissés sur le marché alors qu’on savait qu’ils étaient dangereux », a affirmé l’avocat, rappelant qu’ils ont été interdits en 1973 pour l’agriculture et seulement en 2001 pour la viticulture.

« On s’explique mal cette période de presque 30 ans et on attend des réponses », a-t-il souligné.

Mme Murat a accusé les institutions viticoles bordelaises d’entretenir une « omerta » et expliqué qu’elle entendait par sa plainte donner « un coup de pied dans la fourmilière ».

La viticulture est « extrêmement consommatrice de pesticides: c’est 3% de la surface agricole utilisée et 20% du tonnage annuel de pesticides en France », a-t-elle rappelé.

En France, « les produits phytosanitaires, c’est deux milliards (d’euros) de chiffre d’affaires », a indiqué pour sa part Paul François, président de Phyto-Victimes, en procès contre la multinationale américaine Monsanto après un accident de santé lié à l’usage d’un herbicide de la marque.

Comme Mme Murat il a appelé à « sortir du déni ».

 

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