Particules: au-delà des pics, le défi de la lutte contre la pollution chronique

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La pollution à Lille, le 9 avril 2015
© AFP DENIS CHARLET

Paris (AFP) – Si les pics de pollution, comme celui de cette semaine, focalisent l’attention, l’amélioration de la qualité de l’air des villes passe par la lutte contre la pollution chronique, moins spectaculaire mais plus nocive pour la santé.

« Les effets sur la santé de la pollution de l’air ne sont pas forcément liés aux pics, c’est plutôt la pollution qu’on respire tous les jours qui joue », prévient Gilles Aymoz, responsable qualité de l’air à l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), alors que la région parisienne mais aussi le Nord-Pas-de-Calais et quelques autres départements sortent de trois jours de pollution élevée aux particules.

Un avis partagé par d’autres experts à l’instar de Karine Léger, ingénieur chez Airparif, association chargée de la surveillance de la qualité de l’air en Ile-de-France: « Les pics, très liés aux conditions météorologiques, ne sont pas de bons indicateurs de la pollution globale, ils sont la face visible de l’iceberg, la partie immergée correspondant à ce qu’on respire tous les jours ».

En Ile-de-France, la tendance est plutôt ces dernières années à la stagnation de la concentration annuelle de particules, après une amélioration au début des années 2000 selon les données d’Airparif.

Reste que les personnes habitant à proximité d’axes routiers ont de grandes chances d’être exposées sur l’année à des niveaux de particules supérieurs à la réglementation. En 2013, cela a concerné environ 1,4 million de Franciliens.

Si l’on ajoute les autres polluants (principalement le dioxyde d’azote et l’ozone), ce sont 3 millions de Franciliens qui vivent dans un air ne respectant pas les normes européennes.

D’ailleurs, le sujet inquiète. Une note du ministère de l’Ecologie publiée jeudi montre qu’après le réchauffement climatique, la pollution de l’air est la principale préoccupation environnementale des Français.

Et son coût est énorme: un à deux milliards d’euros en frais médicaux par an en France, selon une étude publiée vendredi.

Matthieu Orphelin de la Fondation Nicolas Hulot se félicite que le sujet soit davantage dans le débat public: « la répétition des épisodes de pollution y contribue, mais aussi une meilleure connaissance de l’impact sanitaire général », relève-t-il.

Gilles Aymoz note aussi « une sensibilité qui a progressé » sur la question mais la lutte contre la pollution chronique « prend du temps ».

« Favoriser les transports en commun, les mobilités partagées et amener les gens à avoir des véhicules moins polluants, cela permet d’avoir un changement dans la durée », souligne le spécialiste de l’Ademe.

« Les zones de basses émissions, c’est-à-dire interdites aux véhicules les plus polluants, sont un levier », rappelle aussi Karine Léger.

La création de « zones à circulation restreinte » est prévue dans la loi sur la transition énergétique, qui devrait être votée avant l’été. Pour que ces zones soient opérationnelles, Ségolène Royal, la ministre de l’Ecologie, a aussi promis pour cet été des certificats reflétant les émissions de polluants à apposer sur les pare-brises.

A Paris, le plan Hidalgo prévoit de réduire graduellement, entre 2015 et 2020, l’accès de la capitale aux véhicules les plus polluants. La mairie espère rallier d’autres collectivités à son dispositif.

Autre piste : le soutien au véhicule électrique. D’où de nouveaux bonus depuis le 1er avril pour l’achat d’un véhicule électrique ou hybride rechargeable contre un diesel d’avant 2001.

Par contre, l’idée lancée par Ségolène Royal de n’avoir d’ici cinq ans que des taxis et bus électriques dans les grandes villes a été jugée « louable » par de nombreux professionnels mais peu réaliste.

Restent le chauffage au bois et l’agriculture qui font l’objet de peu de mesures pérennes.

« Avec les agriculteurs, il faut arriver à mettre en place des actions expérimentales » pour limiter les émissions liées à l’épandage, estime Gilles Aymoz. Difficile de leur dire: ne fertiliser pas quand il fait très beau pour les émissions ni quand il pleut pour éviter de polluer l’eau.

Pour le chauffage au bois (23% des émissions de particules en Ile-de-France), la solution réside dans des appareils plus performants. Ceux d’aujourd’hui polluent 30 fois moins qu’avant 2000.

 

© AFP

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